En conseil des ministres samedi 20 juin, le couperet est tombé : la discussion autour de l’extension du droit à l’IVG est reportée au mois de décembre, en même temps qu’un « package » éthique bariolé qui comporte entre autres la question des mères porteuses et de l’euthanasie pour les personnes démentes(1)https://www.rtbf.be/article/prevu-pour-durer-deux-heures-le-conseil-ministeriel-restreint-s-eternise-sur-fond-de-questions-ethiques-difficiles-a-trancher-11744332. En commission justice ce 23 juin, la majorité Arizona a enterré sans aucune discussion les propositions de loi déposées par Anders et le PTB, qui suivaient les recommandations du groupe d’expert, dans le but d’éviter tout débat qui aurait pu faire craquer la coalition fédérale(2)https://www.lecho.be/dossiers/gouvernement-federal/la-majorite-empeche-le-debat-sur-l-avortement-via-une-procedure-tres-contestee/10676400.html. Peu surprenant, cet énième marchandage politicien appelle à une réponse forte du mouvement féministe
Les rebondissements de la saga autour du droit à l’avortement se suivent et se ressemblent(3)Nous en rappelions quelques moments dans un récent communiqué. Le droit des femmes à disposer de leur corps est une nouvelle fois sacrifié pour ne pas mettre en danger la stabilité gouvernementale, et le projet de loi relatif à l’extension du droit à l’IVG est reporté aux calendes grecques. Mais les 500 femmes par an qui sont aujourd’hui obligées de payer plus d’un millier d’euros pour aller avorter aux Pays-Bas peuvent-elles encore attendre ? Les femmes sans papiers qui dépassent le délai légal à cause des lenteurs de l’octroi de l’aide médicale urgente peuvent-elles également attendre la fin de l’année ? Nous ne pouvons pas attendre !
En refusant tout débat en commission, l’Arizona amplifie par ailleurs l’érosion de l’Etat de droit, dans la continuité du non-respect du délai parlementaire par le gouvernement Degryse sur le dossier enseignement au début du mois, ou encore du contournement par la ministre de l’asile Van Bossuyt des avis de la Cour constitutionnelle. Ce n’est pas au gouvernement de décider ce qui se discute au parlement ! Avec ce nouveau coup de force, l’Arizona aggrave l’extrême droitisation autoritaire de l’Etat, en continuant par ailleurs de mener une répression brutale à l’égard des mouvements sociaux, à travers une hausse alarmante des violences policières(4)En particulier mais pas seulement lors des mobilisations contre le plan d’austérité dans l’enseignement, lors desquels les jeunes, en particulier racisé·es, ont été victimse de violences inouïes. Lire notre communiqué à ce sujet et/ou la répression juridique(5)Avec par exemple récemment l’arrestation brutale d’activistes de Code Rouge. Lire notre communiqué à ce sujet..
Ce renvoi du dossier IVG à l’hiver n’est pas un simple délai supplémentaire de 6 mois. Ne nous y trompons pas : la situation politique n’aura pas bougé d’un iota en décembre, et rien de nous permet de croire que le dossier IVG ne sera pas une nouvelle fois mis au frigo à durée indéterminée, faute d’accord. Ces sept dernières années de report devraient nous avoir servies de leçon : il n’y a rien à attendre des coalitions au pouvoir. C’est pourquoi nous regrettons l’apathie du mouvement féministe dans la séquence actuelle : écrire aux partis de l’Arizona et solliciter les députés de la Chambre ne nous sera d’aucune aide. Nous avons besoin que le monde associatif féministe abandonne ses illusions et retrouve une pratique de lutte.
Face à un gouvernement qui s’essuie les pieds sur les droits de femmes et les garde-fous démocratiques, le mouvement féministe doit en effet changer de logiciel. Il nous faut des espaces où toutes les composantes du mouvement (syndicats, monde associatif, collectifs autonomes, partis de gauche) peuvent discuter ensemble de leurs revendications et de leurs stratégies, pour construire des convergences. C’est aujourd’hui la seule manière de construire le rapport de force avec le gouvernement, et de gagner. Il y a plusieurs décennies, c’est le combat féministe qui a permis d’arracher le droit à l’avortement, et aujourd’hui encore, seules nos luttes nous permettrons de gagner son extension.
Féministes anticapitalistes, 23 juin 2026
Photo : rassemblement féministe pour le droit à l’avortement, le 28 septembre 2023. Crédit : Gauche anticapitaliste / CC BY-NC-SA 4.0
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