Il faut se rendre à l’évidence : tel un rouleau compresseur et sourd aux protestations d’une partie toujours plus large de la population, le gouvernement Arizona continue d’avancer ses pions. Sans état d’âme, il s’obstine dans son plan d’affrontement généralisé au monde du travail, dont les Services Publics.
Le contexte général
Non content de s’en prendre à ses travailleurs, remettant en cause sa bête noire, leur statut, il s’attelle parallèlement à un projet dégueulasse : la démolition systématique des droits de leurs usagers en organisant leur harcèlement. Ce sont dès aujourd’hui les femmes, les sans-emplois, les chômeurs, les chômeuses, les migrant.e.savec etsans-papiers, les pauvres, les vieux, les étudiants, les malades de longue durée, les usagers des CPAS… qui en sont les premières victimes. En bref, écrabouillons les plus faibles, les fragilisés, les invisibilisés : ils font d’excellents boucs-émissaires et ne savent pas se défendre. Parfois, il y a une bonne nouvelle : ainsi cette carte blanche de 500 travailleurs de Fedasil qui s’insurgent contre les directives qui leurs sont imposées et qui dénaturent complètement le sens de leur travail d’accueil des migrants. « Violations quotidiennes de l’Etat de droit et de la dignité humaine » renvoient-ils à leur ministre, la sinistre Van Bossuyt.
La société civile face à l’Arizona
Chaque étape du plan de démolition Arizona vient confirmer qu’on tire tout azimut : ce sont des secteurs toujours plus larges et nombreux qui sont impactés : enseignement, culture, médias de proximité, soins de santé, social, éducation permanente, aide aux personnes, et en ce début avril, une attaque catastrophique contre la politique d’accueil des migrants avec l’adoption du projet de loi sur les visites domiciliaires… Dans ces différents secteurs, on est et on reste mobilisé : soit parce qu’on est, depuis les premières annonces du gouvernement, au parfum des misères qui nous attendent, soit parce qu’on découvre, dès l’application concrètes des premières mesures qui concernent spécifiquement nos secteurs, l’étendue du désastre.
C’est sans doute pourquoi, depuis les premières mobilisations, de larges pans du mouvement social et associatif, de la société civile, ont « naturellement » rejoint les manifestations syndicales, même dans les secteurs où les travailleurs sont peu ou moins syndiqués. Parmi eux, un bloc regroupait des citoyens particulièrement fragilisés et invisibilisés : les travailleurs sans-papiers Cette mobilisation de la société civile est désormais bien visible au travers des blocs affinitaires, des banderoles, des slogans qui élargissent la stricte palette rouge-vert-bleu des grandes mobilisations nationales.
Tirer les leçons de la défaite de 2014
Et c’est aussi ce qui fait la différence la plus visible avec ce cuisant souvenir, le pénible précédent de la séquence 2014… Nous n’oublierons pas que c’est au nom d’une pseudo « désaffection d’une large partie de la population qui ne nous soutenait pas » que les bureaucraties syndicales avaient, à la stupéfaction de nombreux militants, plongé dans le désarroi et abandonné, démoralisés, les dizaines de milliers de travailleurs qui s’étaient mobilisés dans des manifestations monstre et des actions de grève très suivies. On a soudain baissé pavillon en plein milieu de la bataille face à l’ennemi : un gouvernement Michel pourtant fragilisé par l’ampleur du mouvement.
Aujourd’hui, nos organisations syndicales n’ont plus cette excuse : le mouvement social est ancré dans la société civile. Il accompagne et nourrit le combat syndical et il est large, visible, déterminé… et demandeur d’un plan d’action clair, qui monte en intensité. Nous avons compris que, face à un gouvernement bien plus arrogant, sûr de lui, adepte de la stratégie du choc, agitant et mettant imperturbablement ses menaces à exécution dans un spectre bien plus large qu’en 2014, ce n’est pas un choix mais une nécessité, une question de survie.
Cette fois, nous n’avons plus le droit à l’erreur car cet aveu de faiblesse en 2014 a donné pour les années et les gouvernements qui suivirent le signal de la contre-offensive. Ce fut l’aboutissement logique de nos défaites et cela a coûté cher à notre camp social.
Le risque est mortel car comme le dit la motion du groupe Action de la CGSP-ALR, « …les mesures sur la table du gouvernement ne visent pas seulement à pousser nombre d’entre-nous dans la précarité — elles visent aussi à affaiblir, criminaliser et neutraliser nos organisations syndicales ainsi que tout le mouvement social avec ses secteurs, associations, collectifs de lutte.
Un basculement
Honte à ceux qui continuent à répandre à demi-mot leurs croyances absurdes : qu’il y aurait un possible retour en arrière, qu’on pourra, comme au bon vieux temps, venir mettre ses pieds sous une table de concertation après s’être dérouillé les jambes à l’occasion de quelques manifs Nord-Midi, jours de grève et actions symboliques par secteur, mobilisations qui d’ailleurs, auraient déjà fait reculer le gouvernement sur quelques détails…
Ce serait laisser croire 1) qu’il y avait quand même bien quelque chose à réformer 2) qu’il y a quelque chose à négocier autour d’un projet politique qui s’engage en douce dans le chemin menant à une véritable fascisation de notre société. Car n’ayons pas peur des mots, voilà à quoi contribue l’Arizona.
« Ils divisent nous rassemblons » ne doit pas rester qu’un slogan.
Il ne faudrait pas non plus que la société civile soit juste bonne à fournir quelques bataillons de renfort derrière les bannières syndicales. Il n’y a pas le front de lutte principal syndical « avec des mots d’ordre réalistes, qui touchent la majorité des travailleurs » diront les bureaucrates frileux : les pensions, les salaires, les sauts d’index, … et des fronts de lutte secondaires (Racisme d’Etat, lois liberticides de maintien de l’ordre, durcissement des politiques migratoires et de l’aide sociale avec par ex depuis le 1er mars 2026, l’élargissement de l’application du statut cohabitant dans les CPAS, …)
« Ils divisent, nous rassemblons », c’était le slogan en tête de l’excellent tract en front commun (sous forme d’un appel signé par 40 organisations de la société civile) qui alertait solennellement et martelait avant la manifestation monstre du 14 octobre, que ce ne sont pas des réformes qui sont proposées par ce gouvernement mais bien un basculement : « Ce gouvernement exclut, détruit, contrôle et sanctionne » … Nous voulons construire une société où les différences sont un atout. Une société de la dignité, de l’égalité, du soin et de la démocratie où le racisme, l’homophobie, la transphobie n’ont pas leur place.
Suivait une série de revendications dont celle-ci : « Une politique migratoire qui place la protection des personnes migrantes au cœur de ses objectifs. »
Ajoutons cet extrait du tract FGTB du 12 mars :
Nous choisissons une société qui investit dans les personnes, pas une société qui les oppose. Les droits sont indivisibles. La solidarité ne s’arrête pas aux frontières.
La justice sociale ne fait pas de distinction de couleur ou d’origine. Ensemble, nous luttons contre la politique du « diviser pour régner » du gouvernement Arizona.
Les visites domiciliaires : un enjeu emblématique.
Or en ce début avril vient de surgir dans l’actu politique belge une nouvelle qui devait nous semble-t-il mobiliser toute notre attention et nos forces militantes : l’adoption par le gouvernement de l’avant-projet de loi Van Bossuyt sur les visites domiciliaires.
Nous savions déjà que le gouvernement Arizona met en place la politique migratoire la plus inhumaine et la plus liberticide de tous les temps. Malgré les 20.000 condamnations de l’Etat belge pour non-respect du droit à l’accueil des demandeur·euses d’asile, le gouvernement Arizona, dans l’extrême-droite ligne des politiques européennes, choisit de durcir encore sa politique migratoire. Une série de mesures prises par la ministre NVA, Anneleen Van Bossuyt, organise la précarité et l’exclusion. Dont celle-ci qui nous paraît exemplairement immonde : la légalisation des « visites » domiciliaires; projet de loi qui légalise des arrestations administratives directement dans le domicile des personnes visées oudans leurs lieux d’hébergement; ce sont en fait des rafles des personnes sans papiers dignes de celles de l’ICE aux USA (si ce n’est qu’en Belgique, ces rafles seront légalisées). Ce sont aussi des pratiques qui tentent d’intimider les femmes et les hommes qui expriment leur solidarité envers celles et ceux qui sont privé·es injustement de titre de séjour. Si cette loi passait, c’est tout le combat collectif (déjà très fragile) pour la régularisation des sans-papiers qui serait encore plus fortement affaibli, notamment celui qui s’organise à travers les occupations à Liège et à Bruxelles. Toute personne privée de droit au séjour s’exprimant au grand jour pour la régularisation pourrait être considérée comme étant dangereuse pour l’ordre public. Tout lieu regroupant ces personnes actives pourraient dès lors être sujet à une perquisition provoquant des arrestations et des incarcérations dans les centres fermés. Ces derniers vont d’ailleurs se multiplier dans les quelques années à venir.
Est-il besoin d’ajouter que ce débat dépasse la seule politique migratoire ? L’histoire récente nous enseigne que ce qui est accepté aujourd’hui pour certaines catégories de personnes finit toujours par fragiliser les garanties de toutes et tous.
Concrètement et en résumé : il nous paraît pertinent et symboliquement important d’exiger le retrait de l’avant-projet de loi « Visites domiciliaires » et demander la démission de Van Bossuyt ainsi que l’annulation de toutes les autres mesures de politique migratoire de l’Arizona.
NOS REVENDICATIONS :
- Annulation immédiate de l’avant-projet de loi sur les visites domiciliaires
- Van Bossuyt, démission !
- Suppression des centres fermés pour étrangers
- Arrêt des expulsions
- Une politique d’asile et d’immigration qui respecte les Droits Humains : en particulier le droit d’asile, le droit de vivre en famille, le droit à la protection sociale, le droit à la vie privée.
- Halte aux arrestations des personnes « sans-papiers » !
- La régularisation de tous les sans-papiers . Suivons l’exemple espagnol !
- Liberté de circulation et d’installation pour toutes et tous !
Photo : manifestation annuelle contre le centre fermé de Vottem, le 12 avril 2026. Crédit : Gauche anticapitaliste / CC BY-NC-SA 4.0

