Nous republions ci-dessous le communiqué d’Anticapitalistas, section espagnole de la Quatrième Internationale.
Le journal El Salto a rendu publique une information concernant une infiltration policière qui touche directement Anticapitalistas, ainsi que le mouvement BDS et le Mouvement Anti-répression de Madrid. Nous avons travaillé ensemble pour faire la lumière sur cet événement, et confirmons la véracité des informations publiées.
Les faits sont extrêmement graves. L’infiltration a ciblé l’activité militante déployée par Anticapitalistas en solidarité avec la lutte du peuple palestinien, face au sionisme génocidaire. Elle a débuté après une série d’actions et d’activités publiques lancées par Anticapitalistas après le 7 octobre, et s’est prolongée pendant plusieurs mois, au cours desquels la personne en question a participé à nos activités, puis est devenue membre de l’organisation, avant de disparaître brusquement au bout de quelques mois. Suite à ces révélations, nous estimons nécessaire de partager une série de réflexions et d’exigences.
Nous tenons le gouvernement PSOE-SUMAR(1)Le Partido Socialista de los Obreros Españoles, parti du premier ministre Pedro Sánchez, est un parti social-démocrate. SUMAR est une coalition de partis « à la gauche du PSOE », menée par la nébuleuse issue du Parti Communiste d’Espagne [ndt]. pour pleinement responsable de ces faits. Nous sommes pleinement conscient·es que la majorité de sa base sociale ne cautionne pas ces pratiques, et c’est pourquoi nous souhaitons apporter ces éléments de réflexion politique. Il est honteux que le gouvernement progressiste, qui a fait de la cause palestinienne et du « non à la guerre » son cheval de bataille, protège cette violence politique contre les organisations militantes qui luttent dans la rue, et dans tous les espaces possibles, pour des causes justes. Ce n’est qu’un exemple de plus de son hypocrisie « démocratique » : alors qu’il exige une adhésion aveugle à sa politique pro-patronale et fait chanter le peuple travailleur en utilisant la peur de l’extrême droite, il refuse de rompre ses relations avec Israël et de sortir de l’OTAN, poursuit le commerce d’armes avec l’entité génocidaire et augmente les budgets militaires. Dans le même temps, il maintient la législation qui permet d’infliger des amendes aux militants, et envoie des policiers infiltrer les organisations qui défendent un programme clair pour concrétiser les slogans de soutien à la Palestine et contre l’impérialisme. L’hypocrisie du gouvernement est manifeste et intolérable : nous exigeons la démission [du ministre de l’intérieur] Marlaska, la fin de ces pratiques policières et que toute la lumière soit faite la chaîne de responsabilités.
Nous sommes conscient·es que l’État capitaliste normalise le « parlementarisme noir »(2)Concept développé principalement par le marxiste italien Antonio Gramsci dans le cadre de l’émergence du fascisme des années 1920. Il fait référence au déplacement du parlementarisme vers un cadre occulte et des pratiques mafieuses, entraîné par la radicalisation autoritaire de l’État [ndt].. Tout en reconnaissant une série de droits formels, il ne fait en pratique que persécuter les organisations qui remettent en cause son régime par la gauche, tandis que les appareils judiciaires, policiers et civils alimentent des dynamiques réactionnaires et antidémocratiques. Nous l’avons constaté depuis de nombreuses années avec les mouvements d’autodétermination des nations sans État(3)L’expression fait référence aux mouvements autonomistes au sein de l’État espagnol, notamment du mouvement catalan, qui est allé jusqu’à déclarer l’indépendance en 2017 [ndt]., ainsi que contre les mouvements sociaux, les syndicats et les organisations politiques. La démocratie, qui ne peut s’étendre formellement et se doter d’un contenu réel que si elle est socialiste, se construira par une rupture avec le régime actuel. Quiconque, avec de bonnes ou de mauvaises intentions, choisit de s’intégrer à la gestion du régime politique actuel, finit par être complice, activement ou passivement, de cette dynamique. Cela rejoint directement la deuxième réflexion que nous souhaitons partager.
Ces manœuvres visent à semer la méfiance et la paranoïa dans nos propres rangs. Pour mettre fin à ce régime politique, pour lutter contre le capitalisme, mais aussi pour mettre un terme à toutes les injustices et améliorer le rapport de forces ici et maintenant en faveur de la classe travailleuse, nous avons besoin d’organisations de masse, de mouvements larges et pluriels. Nos méthodes ne sont pas celles des conspirateurs. Ce sont les méthodes par lesquelles la classe travailleuse et les personnes opprimées exercent une démocratie concrète : la mobilisation, la grève, la désobéissance civile, l’intervention électorale, la construction d’un pouvoir populaire, l’organisation d’une force capable de bloquer l’usage de la violence par la classe dominante. Cela ne peut se faire que dans le cadre d’une culture fraternelle, fondée sur la camaraderie, la solidarité et la loyauté, même envers des personnes que nous ne connaissons pas, et sur un rejet ferme de toute injustice, accompagnée de l’idée que chacun·e peut jouer un rôle dans la lutte. La meilleure façon de lutter contre ces pratiques policières n’est pas d’adopter la méfiance qu’ils tentent de nous inculquer. Bien sûr, il faut être conscient·e que l’ennemi se permettra d’utiliser n’importe quelle arme, mais l’essentiel est de construire notre force, enracinée dans des communautés vivantes, en lutte. C’est le meilleur antidote face à la violence de l’État, la meilleure façon de créer les conditions qui permettront d’éradiquer ces pratiques.
Nous réaffirmons notre engagement en faveur de la lutte internationaliste pour le peuple palestinien et son droit à la résistance, et de la lutte contre ce régime politique et pour la transformation révolutionnaire écosocialiste de la société. Nous exigeons la démission de Marlaska, la fin de ces pratiques policières, et la vérité sur les responsabilités. Nous exprimons notre solidarité à toutes les personnes et organisations qui subissent ces pratiques, et appelons à continuer de nous unir contre elles.
Traduit par Léonard Brice avec l’aide de DeepL. Photo : page Facebook d’Anticapitalistas
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