Lors de la Belgian Pride de 2019, la police a nassé, matraqué et gazé des militant·e·s queer critiques sur la forme actuelle que prend la manifestation : la Pride est devenue une vitrine pour les grandes entreprises et les partis politiques. Cette répression a servi à garantir la présence du parti conservateur d’extrême-droite qu’est la N-VA, en contradiction totale avec les valeurs de la Pride et du cinquantenaire des émeutes de Stonewall, commémorées cette année(1)Pour en savoir plus, lire : https://www.gaucheanticapitaliste.org/violences-policieres-deni-de-democratie-fichage-militant-belgian-shame/.

L’intersectionnalité dévoyée

En tout premier lieu, la charte de la Belgian Pride(2)https://www.pride.be/storage/pridecharter/2019/Charte_the_Belgian_Pride_2019_FR.pdf est un document politique qui exige que les organisations participant au cortège respectent les lignes politiques définies dans la charte.

Le thème de cette année était l’intersectionnalité, ce qui pose réellement question quant à la présence de la plupart des partis politiques du cortège.

Pour rappel, l’intersectionnalité, c’est le paradigme qui permet d’analyser les oppressions sans les isoler mais en les combinant. Cette combinaison n’est pas une simple addition mais un mélange qui donne naissance à de nouvelles oppressions spécifiques bien plus dures.

Il est vain de lutter contre les oppressions que subissent les personnes LGBTQI+ si on ne s’attaque pas aux autres systèmes qui l’alimentent : sexisme, racisme, validisme, exploitation capitaliste et LGBTQIphobie forment un cocktail mortel pour de très nombreuses personnes LGBTQI+ à travers le monde.

Par exemple, lutter pour les droits des personnes transgenres à exister implique très concrètement de lutter contre leur discrimination dans le monde du travail (être trans signifie avoir 37,5% de risques en plus d’être au chômage en Belgique)(3)https://igvm-iefh.belgium.be/fr/activites/transgenre/recherche en mettant en place des politiques de recrutement qui diminuent l’arbitraire du patronat, ce qui implique des mesures allant à l’encontre d’une logique capitaliste où le patronat choisit qui peut ou ne peut pas travailler.

De la même manière, on ne peut pas protéger les personnes transgenres dans leur ensemble sans s’occuper des problèmes de racisme et de sexisme quand on sait que les femmes noires transgenres ont une mortalité beaucoup plus élevée à cause de la combinaison de ces oppressions, combinaison qu’on appelle la transmisogynoir(4)https://www.gradientlair.com/post/94801769528/black-trans-women-lives-matter.

En ayant choisi l’intersectionnalité comme thème, il devrait être évident pour l’organisation de la Pride qu’un parti comme la N-VA (et le reste du gouvernement Michel) qui a démantelé les droits au travail et à la sécurité sociale, qui a stigmatisé les personnes musulmanes et fait passer des lois racistes, qui a appauvri la population et qui précarise les personnes en situation de handicap et les femmes n’a absolument RIEN À VOIR de près ou de loin avec l’intersectionnalité.

C’est hélas un phénomène de plus en plus fréquent dans certaines luttes : le mouvement institutionnel reprend les termes les plus à la mode chez les militant·e·s pour les vider de leur substance en se contentant de les répéter dans les discours pour avoir une caution progressiste, sans remettre en cause leurs modes d’action.

L’intersectionnalité demande un travail politique constant et concret, ce n’est pas un symbole qu’on arbore fièrement le jour de la Pride pour mieux le piétiner mais un concept qui donne un sens réel à la solidarité que nous pouvons ressentir entre personnes queer.

La N-VA, parti discrètement conservateur, allié enthousiaste des fascistes du Vlaams Belang

Lorsqu’elle a eu l’occasion de s’exprimer sur des enjeux LGBTQI+, la N-VA s’est contentée de voter pour une égalité juridique limitée dans une logique assimilationniste tout en appelant à durcir la répression contre les discriminations mais elle ne défend pas l’obtention de nouveaux droits : leur programme extrêmement lapidaire en témoigne explicitement.

Et même pour ce qui est de l’égalité juridique stricte, la N-VA a persisté dans une posture enbyphobe(5)L’enbyphobie (issu de la prononciation anglaise de l’acronyme “NB” pour “non-binary”) consiste à discriminer les personnes qui ne se reconnaissent pas strictement comme hommes ou femmes.. La loi de reconnaissance des personnes transgenres, bien qu’étant un énorme pas en avant, continue de refuser l’existence des personnes non-binaires et cherche à psychiatriser les mineur·e·s d’âge(6)https://www.genrespluriels.be/Un-grand-progres-mais-d-immenses-chantiers?lang=fr.

Pour 2019, il contient exactement 4 phrases sur 94 pages abordant la condition des personnes “LGBT” (c’est l’acronyme que la N-VA utilise). Ces phrases appellent à une répression plus forte contre les agressions homophobes et transphobes ainsi que contre les discriminations indirectes. Deux phrases de plus mentionnent les droits des personnes intersexuées (en les séparant clairement des “LGBT”). Aucune mesure concrète n’est présentée(7)https://www.n-va.be/sites/default/files/verkiezingsprogramma.pdf.

La N-VA est homo-nationaliste : elle instrumentalise l’existence des personnes LGBTQI+ pour légitimer son programme sécuritaire, nationaliste et raciste auprès d’un électorat qui pourrait être sensible à des arguments “progressistes” tout en occultant toutes les violences policières, étatiques, patronales et sociales que subissent les LGBTQI+.

Au fil des ans, la N-VA a régulièrement cumulé des déclarations et des actions qui dépassaient les bornes dans le respect des personnes queer. Pour rappel,la N-VA est un parti :

Il est temps que les organisations en charge de la Pride réalisent que la N-VA est un parti réactionnaire, discrètement mais structurellement LGBTQI+phobe et idéologiquement opposé aux événements historiques des années 60 qui ont pavé la route de notre libération, ce qui témoigne en réalité d’une vision structurellement opposée à l’idée de progrès, à l’instar du philosophe de référence de la N-VA, Edmund Burke(20)Cet excellent article revient en profondeur sur le logiciel idéologique de la N-VA et sa matrice conservatrice. http://www.revue-democratie.be/index.php/politique-belge/18-politique-belge/1015-l-ideologie-politique-de-la-n-va-analyse-de-ses-fondements-1.

Ce parti a beau être soutenu par des personnes LGBTQI+, la Pride doit savoir protéger sa ligne politique et expliquer le piège que représente la N-VA, tout comme les syndicats expliquent à leurs affilié·e·s le danger des partis de droite et d’extrême-droite qui représente objectivement un danger contre leurs droits et leurs conditions d’existence.

Çavaria condamne “la violence, l’intimidation et le vandalisme” (fantasmée) des manifestant·e·s pour le cinquantenaire d’une émeute

La coupole LGBTQI+ flamande, çavaria, a récemment(21)Partagée le 18 juin sur leur page facebook. présenté un texte(22)Les citations en français sont traduites avec l’aide des outils Google Translate et DeepL. https://www.cavaria.be/belgian-pride-voor-iedereen sur la défensive condamnant “la violence, l’intimidation et le vandalisme initiés” en précisant qu’elle mettait sur le même plan la police, les manifestant·e·s et les agences gouvernementales. Le texte a été reçu avec énormément de critiques sur Facebook, l’écrasante majorité des commentat·eurs/rices dénonçant le texte(23)https://www.facebook.com/cavariapost/posts/10156952477568127?__xts__[0]=68.ARA0VaXXbHLKmiA-I-uTioeUDdm83TCcjq2dZQGhmEaNSytf0mZI_xcVDHnfycTTslrifOvtskPpRTCuOPB_TixJWooX0uwL75o59tUamqIbf3UdKvMxdQGAixdGdLSeqfN2tSZzZrB5KphefslDfmMULZU91-yHRQMtxFagI8CunKEoJ7jxVQMBBches-Lk60B0Hfm_GklJnJyWrD_ZWEJ-gBbsIhzRNPscGwa_hVsSfKMmxQR0t76i29V9PL6rnaI5cwZwsdNBykTYERWym3qG4d3_UL–pJmmKo9qnAVpvtyP0LTvZp-Ld-VFaXcWHJDXCYANZKaKxiqPsw&__tn__=-R.

Le texte cadre d’emblée les événements qu’il narre en faisant croire qu’il y a eu de la violence de plusieurs côtés  alors que les manifestant·e·s nassé·e·s étaient non-violent·e·s. Ensuite, il perpétue le mensonge de la police, faisant croire que les participant·e·s du cortège VNR ont bloqué la manifestation.

Il ment encore une fois en faisant croire que la Belgian Pride n’a pas donné d’instructions alors qu’un témoin a relaté qu’une femme blonde de l’organisation avait reçu confirmation depuis son talkie walkie que la police avait autorisation pour intervenir.

Il cherche également à justifier la présences des partis politiques (en ne nommant jamais la N-VA) en se référant à leur signature(24)https://www.pride.be/storage/2019/documentspoliticalparties2019/N-VA-NL-Inhoudelijke_realisaties_en_toekomstige_stappen_van_deelnemende_politieke_partijen_aan_de_Belgian_Pride_2019.pdf à la charte de la Pride. Le passage sur l’intersectionnalité du texte de la N-VA est un exemple édifiant de langue de bois(25) Après tout, nous savons que les caractéristiques identitaires telles que l’origine, l’âge, le sexe, l’identité sexuelle, l’expression de genre et le milieu social ont un impact sur les opportunités que les gens ont dans notre société. En mettant en œuvre de nouvelles stratégies et actions, nous voulons surpasser les obstacles au carrefour de l’identité sexuelle et de l’ethnicité, de l’identité sexuelle et de la religion qui empêchent les LGBTI de développer leur personnalité.” 

= “We weten immers dat identiteitskenmerken zoals herkomst, leeftijd, gender, genderidentiteit, genderexpressie en sociale achtergrond impact hebben op kansen die mensen in onze samenleving krijgen. Door het implementeren van nieuwe strategieën en acties willen we op het kruispunt van seksuele identiteit en etniciteit en seksuele identiteit en religie drempels wegwerken die LGBTI’s in het persoonlijkheidsontwikkeling afremmen.”, ce qui pourrait prêter à rire si la situation n’était pas aussi grave.

Çavaria préfère ainsi prendre le parti de l’extrême-droite et de la police contre les militant·e·s queer en déformant la réalité : ceci est une trahison, un coup de couteau dans le dos, encore plus ignoble qu’elle se fait pour le cinquantenaire des émeutes de Stonewall.

Du côté d’Arc-en-ciel Wallonie, c’est un silence complice qui persiste sur les événements, sur leur site web comme sur leur page facebook.

Seule la Rainbowhouse Brussels reconnaît explicitement le problème que pose la N-VA(26)http://rainbowhouse.be/fr/article/violences-policieres-a-la-pride/.

Pour une Pride intersectionnelle !

De même que l’extrême-droite n’a pas sa place le 1er mai, les réactionnaires ne l’ont pas plus à la marche des fiertés.

L’auteur de cet article soutiendra toute initiative visant à expulser la N-VA de notre Pride et à rendre la Pride réellement intersectionnelle, c’est-à-dire une Pride antiraciste, antisexiste, antifasciste et anticapitaliste.

Il en appelle aux lect·eurs/rices à faire de même en publiant dans leurs organisations des communiqués dénonçant la N-VA et à se mobiliser collectivement pour se réapproprier la Pride.

Pas de fachos dans nos fiertés, pas de fierté pour les fachos !

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