Nous republions ci-dessous la carte blanche du Front antifasciste de Liège, signée par la Gauche anticapitaliste, en solidarité avec les militant·es perquisitionné·es hier par la police. Nous dénonçons vivement l’accélération autoritaire provoquée par l’Arizona et les gouvernements de droite, qui renforcent la répression (physique et juridique) à l’égard de toutes celles et ceux qui résistent, pour imposer leur politique antisociale et réactionnaire, dans le sillage des droites radicalisées aux quatre coins du monde

Ce lundi 9 février 2026 à l’aube, les logements d’une dizaine de personnes ont été perquisitionnés par la police à Liège. Ces perquisitions ne visent ni des faits de grand banditisme ni des recherches d’armes ni des faits graves. Elles visent des militant·es antifascistes parce qu’illes ont participé à un rassemblement contre les politiques menées par Georges-Louis Bouchez et l’Arizona.

Ces personnes, bien qu’ayant exercé leur droit fondamental à se rassembler afin de s’opposer à la politique de l’Arizona, du MR et de Georges-Louis Bouchez, ont été perquisitionnées, arrêtées, emmenées au commissariat pour des auditions de plusieurs heures puis devant le juge d’instruction afin de comparaître de façon immédiate. Leur matériel informatique (téléphones, ordinateurs) a été saisi, parfois sans mandat. Elles sont poursuivies sous des justificatifs extrêmement graves, notamment « association de malfaiteurs » et avec un narratif à la limite du complotisme dans le chef de la police et du juge d’instruction. Certain·es ont été emmené·es à la prison de Lantin (!). Des parents nous ont contacté en nous disant qu’illes n’avaient pas de nouvelle de leur enfant.

C’est une attaque brutale vis à vis du droit de manifester et à l’encontre des mouvements sociaux en général.

À défaut de pouvoir « dissoudre les antifascistes » l’État emploie l’arsenal répressif (police et justice) afin de nous bâillonner.

Contexte

À la suite du chahut survenu place du XX Août à Liège, le 18 septembre 2025, en réaction à la venue de Georges-Louis Bouchez et du centre d’études du Mouvement Réformateur à l’occasion d’un événement organisé à l’Université de Liège, les autorités judiciaires et policières ont engagé une série d’actions à l’encontre de personnes soupçonnées d’avoir participé au rassemblement.

Dans les semaines qui ont suivi cet événement, de nombreuses personnes (principalement des jeunes) ont subi des contrôles policiers ciblés dans l’espace public, à leurs domiciles ou dans des commerces, ainsi que des pressions et intimidations exercées en marge d’autres mobilisations liégeoises. Ces pratiques aboutissent aujourd’hui à une opération coordonnée impliquant le parquet, la police et les autorités communales de perquisitions de domiciles.

Georges-Louis Bouchez, président du MR, s’est imposé ces dernières années comme l’une des figures centrales du durcissement idéologique de la droite francophone belge, brisant à de multiples reprises le cordon sanitaire, reprenant tous les marqueurs thématiques de l’extrême droite, relayant la fachosphère et des figures publiques d’extrême droite sur ses canaux de communication, recyclant au sein de son parti des militants venus de l’extrême droite wallonne, etc. Le centre d’études Jean Gol, dirigés par Corentin de Salle et Nadia Geerts, joue également un rôle structurant dans cette extrême droitisation du MR et s’inscrit de plus en plus dans des réseaux intellectuels et médiatiques internationaux de droites radicalisées et d’extrêmes droites.

La mobilisation du 18 septembre s’inscrivait dans un contexte plus large de mouvement social contre les politiques menées par le gouvernement « Arizona », notamment en matière de salaires, de pensions, de soins de santé, de chômage, d’enseignement. Cette mobilisation prenait aussi place dans un contexte de fortes contestations au sein de l’enseignement supérieur, marqué par l’augmentation du minerval, les diminutions des pensions du personnel académique et scientifique, ainsi que par le non-financement d’environ 15 000 étudiant·es en 2025 ayant pour conséquence directe de les empêcher de poursuivre leurs études.

Rappel des événements

En réaction à cette venue du MR et de son président, qui a été vécue comme une nième provocation, plusieurs centaines de personnes — étudiant·es, enseignant·es, membres du personnel universitaire et soutiens — se sont rassemblées aux abords du site. La mobilisation a principalement pris la forme de blocages d’entrées, de huées et de slogans. Des bousculades ont eu lieu, impliquant des manifestant·es, des membres du MR et des policier·es, ainsi que des jets de pommes pourries. Georges-Louis Bouchez a finalement pu rentrer dans les lieux sous escorte policière équipée de FN 303 en passant par une fenêtre dérobée à l’arrière du bâtiment.

Si des personnes ont été légèrement blessées des deux côtés, la couverture médiatique qui a suivi s’est essentiellement basée sur les communiqués du MR et de la police, mettant l’accent sur des violences imputées aux seul·es manifestant·es. Les chiffres relatifs au nombre de policiers blessés ont varié selon les déclarations successives, sans qu’aucun travail journalistique ou politique de vérification ou d’enquête n’ait été effectué (de quelles blessures parle-t-on ? comment ont-elles été provoquées et qui en est responsable ? quels certificats médicaux et quelles images en attestent ?). À l’inverse, les témoignages et certificats faisant état de coups, de blessures, d’insultes, de menaces et d’humiliations attribuées à des policiers à l’encontre de manifestant·es, ainsi que les questions que nous avons transmises à la Ville et aux médias, n’ont donné lieu à aucune réponse officielle ni à aucun relais médiatique. Il n’est également fait aucune mention des pressions politiques de la police liégeoise contre le collège communal en vue du dépôt d’une plainte au civil par la Ville de Liège, comme en témoigne l’intervention du bourgmestre de Liège, Willy Demeyer, lors du conseil communal du 24 novembre 2025. Cette plainte a effectivement été introduite.

Il s’agit d’un signal clair d’un traitement privilégié accordé au MR et de criminalisation du mouvement social, étudiant et antifasciste à Liège.

Nous sommes tou•tes antifascistes

Ce lundi 10 février 2026 à l’aube, vers 05h du matin, des jeunes, des étudiant·es, des travailleur·euses, des militant·es antifascistes, ont vu leurs lieux de vie — kots, colocations, domiciles personnels ou parentaux — faire l’objet de perquisitions policières et d’arrestations/poursuites judiciaires menées à l’aube. On a appris plus tard que l’une d’entre elles a été emmenée à la prison de Lantin (!), 7 autres ont été relâchées avec toute une série de conditions (dont le respect d’un couvre-feu) et la promesse d’un risque de procès futur.

Ces opérations s’inscrivent dans une logique bien connue : lorsque le mouvement social se refuse à la docilité, la réponse répressive individualise quelques personnes en les désignant comme responsables. Cette réponse a été notamment rendue possible par les choix politiques pris lors des différents conseils communaux. Le comble pour une Ville qui se prétend « Ville antifasciste ».

Soyons clair⸱es, selon nous ces opérations ne visent ni des faits de grand banditisme ni des recherches d’armes ni des faits graves. Elles concernent des personnes soupçonnées d’avoir participé à un rassemblement politique au cours duquel ont principalement eu lieu des blocages, des bousculades et des jets de fruits pourris. Cette disproportion dans les moyens policiers mobilisés et dans l’ampleur de la répression brutale ne modifie en rien la réalité politique de la situation. Il s’agit d’une offensive judiciaire et policière à caractère politique visant le mouvement social, une tentative  d’intimidation et de dissuasion des luttes antifascistes — alors même que celles-ci n’ont jamais été aussi nécessaires — et d’une mise en scène répressive contribuant à la stratégie de communication du MR en exposant publiquement quelques jeunes comme figures à charge.

En effet, à défaut de « dissoudre les antifas », poursuivre les personnes pour « association de malfaiteurs » est un moyen efficace de criminaliser leur droit fondamental à se rassembler et à protester.

Nous refusons que quiconque soit isolé·e, intimidé·e ou stigmatisé·e par cette répression. Aujourd’hui, demain, et dans les mois à venir, y compris lorsque la couverture médiatique et politique fera les choux gras de ce genre d’opérations, nous serons aux côtés des personnes visées. Et lorsque, au terme d’éventuelles procédures longues, il apparaîtra que ces poursuites relevaient d’une intimidation utilisée à des fins politiques et communicationnelles, nous serons toujours présent·es aux côtés des personnes perquisitionnées ou inculpées.

Nous appelons l’ensemble des soutiens et signataires du Front Antifasciste de Liège, ainsi que toutes les personnes et organisations attachées aux libertés démocratiques, à la lutte contre l’extrême droite et l’autoritarisme, à faire preuve de solidarité active face à cette offensive. Refuser l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques, refuser les logiques de mise au pilori, c’est aujourd’hui se tenir aux côtés de celles et ceux qui défendent l’antifascisme à Liège et partout ailleurs.

Liège est et restera une ville antifasciste.

Nous sommes tous·tes antifascistes.


Pour signer cet appel (individu ou organisation), envoyez un mail à liege@antifascisme.be ou un message à nos comptes Instagram ou Facebook. Nous compléterons la liste des signataires au fur et à mesure.

Premiers signataires

  •     MonsAntifa
  •     Metal Noir et Rouche 
  •     Rouge!
  •     Waremme Antifa
  •     Nivelles Antifa
  •     Nancy Antifasciste
  •     Metz Antifasciste
  •     Collectif Antifasciste Namurois
  •     Vosges Antifasciste
  •     CAB (Coordination Antifasciste de Belgique)
  •     Front Antifa de Mouscron
  •     Collecti.e.f 8 maars Bruxelles
  •     Réseau Ades
  •     Gauche anticapitaliste
  •     Front Antifasciste Bruxellois
  •     BAF (Bloc Antifasciste) Nancy
  •     Front d’Action Révolutionnaire
  •     À Nous La Nuit
  •     Peuple & Culture Wallonie Bruxelles ASBL
  •     Bruxelles Panthères
  •     Front Étudiant Révolutionnaire
  •     CADTM Belgique
  •     Métal Noir et Rouche
  •     Odyssée du Monde ASBL
  •     Barricade
  •     Syndicalisten Tegen Fascisme
  •     Collectif Gluegang
  •     Latitude Jeunes
  •     La Zone
  •     Transpédégouines
  •     Théâtre La Vie en Rouge
  •     Association Culturelle Joseph Jacquemotte
  •     L’Interlope – catering service
  •     4020 Punx HC
  •     CHOSE
  •     C-paje
  •     Festival Voix De Femmes asbl
  •     Arsenic2
  •     Adoc Compagnie
  •     Collectif Antifasciste Luxembourg Belge
  •     Collectif des Femmes qui l’Ouvrent