Nous publions ci-dessous la version longue du tract (également disponible en version courte et bilingue au format PDF en cliquant ici) que nous distribuerons lors des activités LGBTI+ qui auront lieu en mai et en juin et ausquelles nous participerons : la Dyke March du 15 mai, la Brussels Pride du 16 mai, la pride namuroise du 30 mai, la pride de Mons le 13 juin et celle de Tournai le 27 juin.

Bain de sang social contre les LGBTI+

Le gouvernement Arizona et ses homologues régionaux et communautaires mettent en œuvre une politique antisociale sans précédent qui impactera de manière disproportionnée les personnes LGBTI+! 

Les exclusions des allocataires du chômage renforceront la précarité des personnes LGBTI+ qui subissent des discriminations structurelles sur le marché de l’emploi (les personnes transgenres sont surreprésentées dans les statistiques du chômage). De la même manière, le sous-financement des CPAS met en danger les LGBTI+ ne pouvant pas compter sur leur famille pour avoir la moindre aide matérielle. Même lorsque la famille soutient les LGBTI+, cette solidarité est attaquée, comme on le voit à travers l’extension de l’injuste statut de cohabitant. Une précarité accentuée par la limitation des allocations d’insertion à un an pour les jeunes qui ne suivent pas d’études ou de formation ! L’offensive contre le monde médical (avec le flicage des médecins et des patient·es, notamment les malades de longue durée) met aussi en danger les personnes LGBTI+. Elles sont déjà discriminées dans ce secteur et en moins bonne santé, car plus vulnérables aux problèmes d’addiction, de santé mentale et de santé sexuelle (les préjugés et fausses croyances autour des IST étant une cause de l’augmentation de celles-ci ces dernières années).

Ces nombreux problèmes (chômage, santé, discrimination) sont en partie pris en charge par un secteur associatif historiquement sous-financé et aujourd’hui  sous le feu du gouvernement Arizona : gel voire suppression pure et simple de l’indexation des subventions de plusieurs dispositifs réglementaires, baisses de financement atteignant jusqu’à 25 % dans certains secteurs, réduction de la déductibilité fiscale des dons aux ASBL, mise au pas idéologique à travers les attaques contre les associations “proches d’organisations politiques”, etc.

Le même processus suit d’ailleurs son cours sous la houlette des gouvernements régionaux  : à Bruxelles, des dizaines de millions d’économies sont prévues dans les subsides « facultatifs » et les subventions, dont dépendent nombre d’associations. Le dispositif des emplois ACS, un pilier du monde associatif, reste dans le viseur du gouvernement. La nouvelle coalition va également s’aligner sur la politique anti-chômeurs du gouvernement fédéral en accélérant et en durcissant le suivi des travailleureuses sans emploi. En Wallonie, la suppression des APE (aides à la promotion de l’emploi) fragilise également le secteur associatif, mais aussi les CPAS et les communes.

Les personnes LGBTI+ dépendent fortement de la vie associative pour socialiser et avoir accès à certains mécanismes de solidarité littéralement vitaux, on comprend bien les effets extrêmement négatifs de ces attaques sur notre communauté.

Des transphobes au gouvernement

L’augmentation des violences et discours haineux envers les personnes LGBTI+ constatés depuis 2018 est inquiétante et de nombreux ministres contribuent avec enthousiasme à ce climat discriminant. On n’oubliera pas la promotion du pamphlet transphobe “Transmania” par David Clarinval, vice-premier ministre. Sans parler du Premier Ministre De Wever et de son sbire Francken (qui écrivait en 2007 : « Le mouvement arc-en-ciel a tout gagné (…) Que veulent-ils de plus? »), dont la campagne électorale de 2024 basée sur « l’antiwokisme » contribue clairement à l’aggravation d’un climat déjà dangereux pour les LGBTI+.

Du côté de l’aile modérée du gouvernement, Vooruit avait proposé l’année passée, à travers le fantomatique secrétaire d’état Rob Beenders, la constitutionnalisation du mariage homosexuel, ce que personne n’avait demandé. Malgré la possibilité de faire passer ce projet, rien n’a été entrepris dans ce sens, ce n’était qu’un effet d’annonce. Les homos exclu·es du chômage par l’Arizona lui seront probablement reconnaissant·es pour ce bel exercice de pinkwashing !

Nous l’avons défendu des années durant : la N-VA et le MR n’ont pas leur place à la Pride. Leur proximité coupable avec l’extrême-droite crève les yeux pour quiconque ne cherche pas à les fermer, que ce soit l’accueil de militants d’extrême-droite dans leurs rangs (PP et Chez Nous au MR), leur soutien à l’administration Trump ou leurs attaques répétées contre toute forme de contre-pouvoir.

Nous ne célébrerons rien avec nos bourreaux ! La Pride DOIT expulser ces partis du cortège.

Solidarité contre l’internationale réactionnaire

L’actualité internationale est plus qu’inquiétante, tant la recrudescence des attaques LGBTI+phobes est forte tout autour du globe : Russie, USA, Géorgie, Royaume-Uni, Brésil, Sénégal, Burkina Faso, …

En avril, Viktor Orban, le père de toute cette “nouvelle” extrême droite LGBTphobe a été vaincu, après 16 ans de règne autocratique, grâce à la mobilisation des Hongrois·es, et malgré la mainmise du régime sur l’appareil médiatique. Bien sûr, nous n’avons aucune confiance dans le réactionnaire Peter Magyar, mais de nouvelles marges de manœuvre s’ouvrent pour la mise en place d’une vie associative indépendante, et la construction d’une gauche de rupture en Hongrie, autour d’un programme anticapitaliste et queer. La défaite d’Orban doit constituer un tremplin vers l’émancipation de tous et toutes.

Nous sommes solidaires de nos adelphes partout et seule l’ouverture des frontières permettra de les accueillir dans la dignité, sans avoir à violer l’intimité de qui que ce soit pour savoir s’iel est “vraiment” queer. Pour rappel, une personne qui reste au placard dans son pays d’origine est une personne qui ne peut prouver qu’elle est en danger selon le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA).

L’Arizona, avec ses politiques anti-migrant·es, va dans la direction inverse en sortant encore plus explicitement le statut de réfugié·e de l’État de droit. Le gouvernement a contrevenu à la décision de la Cour constitutionnelle en refusant l’accueil pour les demandeureuses d’asile déjà protégé·es dans un autre État membre de l’UE. Ceci est une attaque trumpiste contre l’État de droit. Limiter le droit d’asile à une époque de montée des guerres, des génocides et du fascisme, c’est être complice de la brutalité qui touchera fortement les personnes LGBTI+.

En même temps, la Belgique jouit d’une réputation de paradis pour les LGBTI+ : ce n’est vrai qu’en théorie (les “classements” se basent sur la législation, non sur les faits) et en comparant à la situation catastrophique des personnes queers à travers le globe. Derrière les premières places dans les classements internationaux se cachent l’augmentation des discriminations LGBTI+phobes, les hauts taux de suicide et la précarité. Nous ne sommes pas dupes des états qui jouent aux bons élèves avec une stratégie de pinkwashing tout en étant indifférents à notre sort ou au respect des droits humains les plus élémentaires, que ce soit en Belgique, aux États-Unis ou en Israël.

Face à une situation aussi catastrophique au plan national et international, une seule solution : s’organiser !

Résistance unie contre l’Arizona

Le mouvement LGBTI+ en Belgique s’illusionne encore trop sur des relais politiques au gouvernement : face à l’Arizona, le mouvement LGBTI+ doit former un front de résistance et mobiliser ses militant·es au-delà de la seule entraide matérielle. Nous défendons la nécessité de construire un mouvement LGBTI+ massif, autonome et international, qui s’allie aux autres mouvements sociaux pour imposer un véritable rapport de force, seul à même d’aboutir à la libération de toutes les personnes LGBTI+ ! Notre nombre n’est pas à notre avantage, il est donc nécessaire d’unir les différentes communautés queers derrière une grande bannière sans pour autant chercher à dissimuler les différences entre nous.

Face à l’Arizona, un important mouvement de contestation continue d’évoluer depuis plus d’un an. Si le plan d’action syndical échoue encore à trouver le chemin de la victoire, il est crucial de continuer à l’amplifier, pour dégager le gouvernement De Wever/Bouchez.

Fin mai 2025, une carte blanche rassemblant près de 50 organisations et 130 personnalités appelaità la lutte contre l’Arizona, en rejoignant les mobilisations syndicales, féministes et antiracistes. Nous ne pouvons que rejoindre cet appel ! En s’en prenant à tout le monde, la coalition fédérale ouvre une brèche pour une riposte collective des opprimé·es et des exploité·es. Alors que la droite et l’extrême-droite accélèrent leurs attaques contre les LGBTI+, notre place est au cœur de cette lutte, pour faire valoir nos revendications, et contribuer à la construction d’un front uni des résistances contre la guerre sociale organisée par les capitalistes. 

Le retour en force de l’extrême-droite sur le globe doit nous mettre en alerte maximale : face à la N-VA, au MR et au Vlaams Belang, le pire est possible et il faut nous tenir prêt·es face aux attaques présentes et futures. L’Arizona ne cédera rien et il faudra lutter jusqu’à sa chute.

Face à ces attaques qui touchent les LGBTI+ de plein fouet, nous défendons :

  • Un logement pour tous·tes ! Réquisition des logements vides, plus de logements sociaux et de refuges;
  • L’individualisation des droits sociaux et la fin du statut de cohabitant·e qui précarise les personnes LGBTI+;
  • L’égalité pour le don de sang pour les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH) : pour l’instant, les HSH doivent être abstinents pendant 4 mois là où les autres n’ont pas cette restriction;
  • Des investissements massifs dans le secteur de la santé et la sécurité sociale, notamment pour rembourser les soins spécifiques des personnes LGBTI+;
  • La reconnaissance immédiate du droit d’asile aux personnes LGBTI+ et la régularisation de toutes les personnes sans-papiers;
  • La fin de la répression policière et de l’instrumentalisation de nos luttes à des fins racistes par la droite et l’extrême-droite;
  • Le développement de politiques publiques d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS), non cishétéro-centré, obligatoire à l’école, par des acteurices du monde associatif;
  • Un véritable plan d’action syndical, crescendo, discuté de la base au sommet, vers une vraie grève générale au finish, avec pour objectif la chute du gouvernement !