À quelques semaines et quelques jours de la fin de la campagne pour les « élections de mi-mandat » étasuniennes de novembre, la probabilité que le Parti démocrate remporte suffisamment d’élections locales pour obtenir la majorité à la Chambre des représentants, voire au Sénat, s’est considérablement accrue, les républicain·es se retrouvant sur la défensive dans plusieurs circonscriptions électorales autrefois « sûres », dont certaines n’ont pas connu de victoire démocrate depuis des décennies.
Après plusieurs années durant lesquelles il semblait politiquement invincible, Trump est devenu de plus en plus impopulaire, y compris au sein même des cercles MAGA, et est largement considéré comme un handicap pour les candidat·es républicain·es. La perte du contrôle d’une ou des deux chambres du Congrès constituerait un coup dur pour le programme national et international de Trump. Une défaite des républicain·es au Congrès constituera également une sévère sanction pour Trump lui-même, qui a intensifié ses efforts pour utiliser le pouvoir de l’État afin d’empêcher les victoires du Parti démocrate : mensonges sur la fraude électorale et le vote des immigré·es non citoyen·nes, tentatives de recourir aux tribunaux pour restreindre le vote dans les bastions démocrates, et menaces sinistres d’envoyer des agents armés de l’ICE, voire l’armée, dans les bureaux de vote.
Ces élections sont qualifiées de « de mi-mandat » en référence au calendrier scolaire et ont lieu à mi-parcours du mandat présidentiel de quatre ans pour de nombreux postes – mais pas tous – aux niveaux fédéral et des États, ainsi que pour les élections des gouverneurs d’État. Trump a bénéficié d’une majorité républicaine dans les deux chambres du Congrès, qui a agi comme une simple chambre d’enregistrement pour ses aventures impérialistes et ses atteintes aux droits démocratiques, aux institutions politiques, aux communautés vulnérables et à l’environnement.
Mais Trump a mené son programme réactionnaire principalement par le biais de décrets présidentiels qui ont souvent outrepassé l’autorité du Congrès. Trump continuera très probablement à tenter de contourner le Congrès, en particulier si les démocrates deviennent le parti majoritaire dans les deux chambres. La Cour suprême, avec sa majorité conservatrice, a elle aussi largement joué le rôle de simple validation des décisions de Trump, mais a néanmoins fait preuve d’une certaine indépendance dans plusieurs décisions importantes, notamment sur la question de la citoyenneté par droit de naissance et sur ses tentatives d’ingérence dans le processus électoral.
Il n’est plus invincible
Le déclin politique de Trump est en grande partie le résultat prévisible de ses propres politiques, notamment le coût élevé de la vie, exacerbé par ses politiques tarifaires et la guerre contre l’Iran. Ses allié·es républicain·es ont pour la plupart cherché à prendre leurs distances avec lui. Son insistance à présenter des candidat·es médiocres au Sénat en Caroline du Sud et au Texas, où les républicain·es détiennent ces sièges depuis des décennies, sera probablement considérée comme une grave erreur politique si les démocrates l’emportent lors de ces élections, ce qui pourrait signifier que les républicain·es perdraient leur majorité au Sénat.
Les milliardaires qui soutiennent Trump sont exaspérés par les droits de douane qui leur ont surtout porté préjudice, et certains secteurs, tels que l’agriculture et l’industrie de la viande, qui emploient une main-d’œuvre importante composée principalement d’immigré·es mexicain·es, en sont venus à ressentir de l’amertume face à l’ampleur de la campagne anti-immigré·es de Trump. Les Latino·as, dont plus de 40 % ont voté républicain lors des récentes élections nationales, ont été rebuté·es par la violence et la cruauté de la campagne de terreur menée par l’ICE contre les communautés latino-américaines immigrées.
La victoire attendue d’un nombre suffisant de démocrates pour prendre le contrôle de la Chambre des représentants et, éventuellement, du Sénat n’a rien à voir avec le fait que les démocrates proposent une alternative progressiste à la politique de Trump.
Lorsque Trump a commis ses pires exactions – du déploiement de brigades violentes de l’ICE dans les villes étasuniennes aux expulsions, en passant par l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores, le pillage des richesses pétrolières du Venezuela, les attaques contre les personnes transgenres et la guerre contre l’Iran –, aucune voix d’opposition n’a été plus modérée que celles des dirigeants du Parti démocrate au Congrès, Chuck Schumer, chef de la délégation démocrate au Sénat, et Hakeem Jeffries, chef de la délégation démocrate à la Chambre des représentants. C’est le glissement du Parti démocrate vers la droite et son adhésion aux politiques économiques et sociales néolibérales qui ont contribué à rendre possible la première victoire de Trump en 2016 face à Hillary Clinton. Si les démocrates remportent la majorité à la Chambre des représentants, et à plus forte raison s’ils obtiennent la majorité au Sénat et contrôlent ainsi les deux chambres du Congrès, elles et ils seront soumis·es à une pression immense pour démanteler la politique de Trump plus rapidement et de manière plus radicale qu’elles et ils ne le souhaitent.
Le parti « big tent »
Un débat a également lieu au sein du Parti démocrate et de DSA concernant leur relation. Bernie Sanders prône un parti « big tent » regroupant un large éventail de courants politiques et idéologiques, dont ferait partie DSA. Les courants réformistes et électoralistes au sein de DSA sont très désireux d’avoir leur place à la table des négociations. Francesca Hong, députée de l’État du Wisconsin, soutenue par DSA, qui s’est présentée et a perdu de justesse lors de la primaire démocrate pour le poste de gouverneur, s’est prononcée en faveur d’un Parti démocrate « big tent » lors d’un débat télévisé. Hong fait désormais campagne pour David Crowley, qui l’a battue de justesse lors de la primaire démocrate pour le poste de gouverneur grâce au soutien de l’establishment du Parti démocrate.
L’aile conservatrice et fortunée du Parti démocrate est largement opposée à l’idée d’accorder une place aux socialistes démocrates au sein du parti, bien que certain·es centristes éclairé·es puissent très bien voir des avantages à intégrer une aile énergétique orientée vers l’électorat de gauche, qu’ils pourraient mieux contrôler au sein du parti qu’en dehors. Comme le disaient les gangsters dans le film de Francis Ford Coppola, Le Parrain, il faut « garder ses amis près de soi, et ses ennemis encore plus près ». Quoi qu’il en soit, si tou·tes les candidat·es soutenu·es par DSA à la Chambre des représentants remportaient leurs élections, elles et ils disposeraient d’une délégation de sept membres (on compte actuellement 214 démocrates contre 218 républicain·es), ce qui est bien trop peu pour exercer une influence significative sur la politique du parti.
DSA à la croisée des chemins
Depuis son essor rapide, qui a débuté avec la campagne de Bernie Sanders pour l’investiture présidentielle du Parti démocrate en 2016, DSA n’a soutenu aucun·e candidat·e à la présidence. Actuellement, cependant, l’aile réformiste de la direction de DSA, plus favorable au Parti démocrate, semble pencher pour que DSA soutienne un·e candidat·e aux élections présidentielles de 2028, qui serait issu·e du Parti démocrate, très probablement Alexandria Ocasio-Cortez. De nombreux membres de la gauche socialiste révolutionnaire soutiennent aujourd’hui également la stratégie consistant à utiliser l’étiquette électorale du Parti démocrate – ce qu’on appelle la « rupture sale » avec le Parti démocrate – par opposition à celles et ceux qui prônent une « rupture nette » avec les démocrates au profit d’une action politique indépendante. Les socialistes révolutionnaires favorables à l’utilisation de l’étiquette électorale du Parti démocrate y voient une tactique à court terme sur la voie de la construction, à terme, d’une alternative de gauche ou d’un parti travailliste. Mais comme l’a récemment souligné Kim Moody, cette « tactique devient une stratégie ». En effet, il existe manifestement des illusions très répandues parmi les membres de DSA, pour la plupart inexpérimenté·es, quant à la possibilité de transformer le Parti démocrate, dirigé par des capitalistes, en un parti pro-ouvrier et anticapitaliste. Pour de nombreux membres de DSA, se présenter aux primaires du Parti démocrate est une stratégie.
L’expérience Mamdani
La victoire de Zohran Mamdani à la mairie de New York et les bonnes chances de victoire en novembre des candidat·es à la mairie soutenu·es par DSA à Washington DC et à Los Angeles ont donné un nouvel élan à la stratégie consistant à utiliser l’étiquette électorale du Parti démocrate pour remporter les primaires, puis les élections générales. Mais un examen plus attentif de l’expérience de Mamdani à la mairie révèle les contradictions et les limites des socialistes se présentant sous l’étiquette démocrate avec les ressources politiques et matérielles du Parti démocrate.
La victoire de Zohran Mamdani lors de la primaire démocrate à la mairie de New York, qui a pratiquement assuré sa victoire aux élections générales, a eu un impact considérable sur les débats au sein de la gauche et de DSA. Lors de la primaire, Mamdani s’est retrouvé face à Andrew Cuomo, l’ancien gouverneur de l’État de New York, accusé par plusieurs femmes de harcèlement sexuel, ce qui a rendu possible la victoire de Mamdani à la primaire ; celle-ci a à son tour pratiquement assuré sa victoire aux élections générales, compte tenu de la force des démocrates et de la faiblesse des républicain·es dans la vie politique new-yorkaise. Mamdani s’est adressé directement à la classe ouvrière new-yorkaise avec un programme comprenant le contrôle des loyers, la gratuité des transports publics et des services de garde d’enfants abordables. Sa victoire aux primaires du Parti démocrate a permis à Mamdani d’accéder à des ressources politiques et matérielles considérables, notamment le soutien de la gouverneure démocrate centriste de New York, Kathy Hochul.
Mais bien sûr, ce soutien s’accompagnait de conditions. Hochul a clairement indiqué que la proposition de Mamdani visant à instaurer un « impôt sur les milliardaires » pour financer ses programmes était inacceptable. Il s’est également senti politiquement contraint de maintenir en fonction l’ancienne cheffe de la police Jessica Tisch, une milliardaire dans sa position, même après que la police de New York eut prêté main-forte aux agents de l’ICE qui ont récemment tué une personne lors d’une opération violente. À ces contraintes politiques, qui empêchent Mamdani d’agir de manière cohérente au nom de la classe ouvrière new-yorkaise, s’ajoutent les contraintes institutionnelles auxquelles est confronté tout maire. Les restrictions budgétaires ont empêché Mamdani de soutenir la juste revendication des paraprofessionnel·les de la ville de New York, qui réclamaient une prime unique de dix mille dollars.
Action politique indépendante
L’expérience de Mamdani et les débats au sein de la gauche concernant le recours à l’étiquette électorale du Parti démocrate constituent la manifestation la plus récente du débat autour de la question de l’action politique indépendante. L’absence d’un parti politique de masse entretenant un lien avec le mouvement syndical est un aspect clé de l’exceptionnalisme étasunien et un obstacle majeur à la mobilisation indépendante de la classe ouvrière en dehors des deux principaux partis capitalistes. Aux États-Unis, les socialistes révolutionnaires considèrent depuis longtemps que l’organisation politique indépendante de la classe ouvrière et de ses alliés constitue une étape fondamentale et nécessaire pour sortir la classe ouvrière de son atomisation et de sa subordination politique aux partis capitalistes, et la conduire vers une conscience de classe, une action et une organisation anticapitalistes. DSA a aujourd’hui l’occasion de contribuer à résoudre la question de l’action politique indépendante de la classe ouvrière en sensibilisant ses membres et son public politique à la nature de classe du Parti démocrate et en menant une campagne sur la nécessité d’un parti socialiste ou ouvrier indépendant de masse.
Cependant, les courants réformistes au sein de la direction de DSA, en particulier les groupes « Groundwork » et « Socialist Majority », se sont prononcés en faveur d’un soutien de DSA à un·e candidat·e pour l’élection présidentielle de 2028, en commençant par soutenir un·e candidat·e lors des primaires du Parti démocrate. Ils ont lancé une campagne visant à « désigner » Alexandria Ocasio-Cortez comme candidate aux primaires du Parti démocrate. Certains socialistes révolutionnaires, comme le groupe « Bread and Roses » au sein du DSA, soutiennent également cette candidature aux primaires démocrates.
Période post-électorale
La période post-électorale offrira un nouveau terrain politique. Si les démocrates remportent le contrôle des deux chambres du Congrès, elles et ils subiront une pression énorme pour réparer les dégâts causés par Trump. Une telle pression pousserait probablement l’establishment du Parti démocrate au Congrès, incarné par Schumer et Jeffries, à aller plus loin qu’il ne le souhaiterait sur des questions telles que le soutien étasunien à Israël, les baisses d’impôts, les droits des personnes transgenres – sur lesquelles ils se sont déjà montrés des alliés peu fiables –, la déréglementation environnementale, la divulgation des dossiers Epstein, ainsi qu’une grande partie du programme essentiellement néolibéral que Trump et sa majorité républicaine au Congrès ont mis en œuvre. Leur hésitation inévitable sur ces questions ne fera que révéler davantage leur véritable nature aux membres de la gauche qui nourrissent encore des illusions quant au caractère progressiste du Parti démocrate. La période post-électorale marquera également le coup d’envoi des campagnes pour l’élection présidentielle de 2028.
La période à venir constituera également un tournant pour DSA. Va-t-il tracer une voie qui le mènera, lui et l’énergie de ses 135 000 membres, pour la plupart jeunes, au sein du Parti démocrate, où cette énergie sera dissipée ? Ou contribuera-t-il à créer une alternative politique indépendante pour les travailleur·ses et les opprimé·es, afin de lutter contre les attaques néofascistes, impérialistes, extractivistes et néolibérales de Trump, et de jeter les bases d’un parti ouvrier de masse en dehors et en opposition aux deux partis capitalistes ?
La période post-électorale marquera, espérons-le, le retour des manifestations de masse contre Trump. À l’exception d’une récente mobilisation massive intitulée « Protégez le vote », lancée par l’appareil de No Kings ! – pro-Parti démocrate et dominé par les ONG –, le mouvement de masse est resté largement en sommeil ces derniers mois, l’énergie des mouvements sociaux ayant d’abord été détournée vers les primaires démocrates, puis, ces derniers mois, vers les élections générales.
Milwaukee, 30 octobre 2026
Publié le 31 octobre 2026 par International Viewpoint. Traduit en français par Inprecor

