La Gauche anticapitaliste ne soutient pas l’appel à manifester contre la militarisation le 14 juin à Bruxelles. Voici pourquoi.

L’appel à manifester le 14 juin met dans le même sac « antimilitariste » les plans de réarmement capitalistes, les guerres néocoloniales et la résistance armée des peuples agressés par l’impérialisme. La Gauche anticapitaliste refuse cet amalgame. Nous disons à la fois « Non à la militarisation capitaliste », non à « Rearm Europe » et « Oui à la lutte des peuples contre les agressions impérialistes ».

« La guerre est une horreur », dit l’Appel. Evidemment. La guerre en général est une horreur. A l’exception des fascistes, personne n’est pour la guerre. Mais condamner la guerre en général n’aide pas à prendre position pour la paix dans chaque cas particulier de guerre concrète.

Faire la différence entre la militarisation capitaliste et le droit des peuples agressés à l’auto-défense est crucial aujourd’hui, car les puissances impérialistes renouent ouvertement avec les guerres de rapine. La production militaire est relancée avec des objectifs évidents: s’accaparer des richesses, des territoires et se renforcer face aux concurrents, sur le dos des peuples.

Dans ce contexte, la Gauche anticapitaliste défend le droit des nations agressées à se défendre contre les agressions impérialistes, y compris par les armes. La défaite de l’agresseur est d’ailleurs généralement la condition pour la paix. C’était une des leçons de la défaite nazie en 1945. C’était aussi la grande leçon de la défaite étasunienne au Vietnam en 1975. L’actualité montre que cette leçon reste valable aujourd’hui.

Les Etats-Unis et Israël ont lancé par surprise une guerre impérialiste destructrice contre l’Iran. Tout en étant solidaire du peuple iranien contre la dictature criminelle des mollahs, la Gauche anticapitaliste estime que l’Iran a le droit légitime de se défendre. Nous allons plus loin: bien qu’une défaite de Trump et Netanyahou serait loin de suffire pour assurer la paix et la justice au Moyen-Orient, nous espérons néanmoins que les agresseurs seront battus. Car une chose est sûre: leur victoire entraînerait encore plus d’injustices, d’exactions et de violences contre les peuples de la région.

Il en est de même en Ukraine, mais ce cas est encore plus net que celui de l’Iran. La Russie a lancé par surprise une guerre impérialiste destructrice. On a d’une part le régime néofasciste de Poutine (soutenu par le néofasciste Trump), d’autre part le peuple ukrainien qui refuse que son existence soit niée, que son pays soit ramené au rang de colonie. Il est clair que la paix ne peut passer que par la défaite de Poutine. Il est clair de plus que cette défaite sera une défaite pour l’extrême-droite internationale. C’est pourquoi la Gauche anticapitaliste est solidaire du peuple ukrainien. Toute la gauche devrait faire de même et exiger des pays qui se disent démocratiques qu’ils donnent aux Ukrainiens les moyens de résister.   

Au lieu de cela, que fait l’Appel? Il escamote la responsabilité de l’agresseur, et anticipe que « la fin de la guerre en Ukraine peut ouvrir la voie à un nouvelle prise de conscience de la nécessité d’investir dans un système de sécurité inclusif ». Mais quelle « fin de la guerre », comment, à quelles conditions? Retrait complet des troupes russes ou pas? Réparations ou pas? Condamnation de Poutine pour crimes de guerre ou pas?

« La Belgique peut jouer un rôle proactif dans l’établissement d’un accord de paix avec la Russie », dit l’Appel à manifester le 14 juin. Or, Poutine exclut tout « accord de paix » incluant le retrait complet de ses troupes, des réparations, et évidemment sa propre condamnation. La demande des organisateurs à ce que la Belgique joue un rôle proactif etc. doit donc se lire en creux comme un appui à un compromis entre Trump et Poutine sur le dos du peuple ukrainien (dont le droit à se prononcer sur le contenu de ce soi-disant « accord » n’est même pas mentionné!) C’est en gros la ligne de Bart De Wever, telle qu’elle a été soutenue explicitement par certains des signataires de l’Appel, lors du débat parlementaire sur Euroclear.

« La diplomatie et la désescalade constituent les matrices d’une paix durable », dit l’Appel . Non. Renvoyer dos à dos l’agresseur et l’agressé, c’est toujours prendre le parti de l’agresseur.

La matrice d’une paix durable, en Ukraine, en Palestine et partout, c’est la justice. No justice no peace. 


Photo : détail de l’affiche de la manifestation du 14 juin.