L’Afrique est une des régions du monde pour l’instant la moins touchée par l’épidémie, mais hélas ce répit risque d’être courte durée.

Les mesures pour endiguer ou à défaut ralentir l’épidémie sont extrêmement difficiles à mettre en place. Les préconisations de l’OMS de tester un maximum de personnes sont inopérantes faute de tests en nombre suffisant. La distanciation sociale est compliquée d’autant que le confinement qui permet d’accentuer cette distanciation risque d’avoir l’effet inverse. En effet dans les bidonvilles entourant les grandes mégalopoles comme Johannesburg, Lagos ou Nairobi, il est fréquent de voir des familles d’une dizaine de personnes entassées dans quelques mètres carrés. En l’absence d’eau courante, parfois même de savon pour les plus pauvres, se laver fréquemment les mains n’est pas aisé. Autre sujet d’inquiétude, le peu de toilettes. Il est vraisemblable que le confinement aura seulement pour effet d’empêcher les pauvres d’atteindre les centres-villes.

Précarité sociale

Outre la qualité du logement, l’autre difficulté pour le respect du confinement est la très grande pauvreté des populations qui vivent au jour le jour. Selon les pays, 80 à 90 % des populations travaillent dans le secteur informel et la plupart n’ont aucune réserve de nourriture. Le confinement devient incompatible avec cette très grande précarité. Des pays comme Madagascar ont commencé à distribuer des kits alimentaires pour les populations les plus démunies et les autorités vont étendre les « Tsena Mora » ces marchés qui vendent les produits de première nécessité de 50 à 70 % moins cher. En Afrique du Sud la distribution des aides sociales a été anticipée. Mais d’autres pays ont décidé de faire le minimum comme au Bénin. Son président Patrice Talon, homme d’affaires dont le patrimoine s’élève à plus de 400 millions de dollars, n’est pas prêt à octroyer le moindre centime aux plus démunis et estime que le pays ne peut supporter des mesures restreignant l’activité économique.

Le coronavirus n’a changé ni les mœurs des dirigeants ni ceux des forces de répression africaines dont les bavures déjà nombreuses sont par avance justifiées : « Nous sommes en état d’urgence, si vous bravez le couvre-feu, on ne va pas vous caresser », a déclaré le Didier Lallement(1)Préfet de police de Paris. En Belgique on pourrait donner l’équivalent du Comissaire Vandersmissen à Bruxelles ivoirien(2)Salma Niasse Ba, Youenn Gourlay et Sophie Douce, « Couvre-feu à la matraque : l’Afrique de l’Ouest se rebelle », lemonde.fr, 30 mars 2020..
Autres soucis majeurs, les prisons mais aussi les camps de réfugiés comme ceux du Burkina Faso ou du Kenya, où les conditions d’hygiène restent des plus précaires.

Zones de conflit

Si Guterres, le Secrétaire général des Nations unies, a demandé à tous les belligérants des conflits dans le monde d’observer une trêve, force est de constater qu’en Afrique l’appel a été peu entendu. En Libye les combats ont redoublé d’intensité ; idem pour les autres pays comme la République démocratique du Congo, la Somalie, le Nigeria et les pays sahéliens. Ce qui ne peut qu’entraver le déploiement de l’aide sanitaire et médicale. Déjà comme au nord du Mali, du fait de la guerre menée par les djihadistes, la quasi-totalité des centres de santé a été détruit, entrainant le départ du personnel soignant.

La situation sanitaire dans les autres pays africains est largement défaillante, les hôpitaux d’habitude surpeuplés seront dans l’incapacité de recevoir un afflux de malades. Les quelques respirateurs ont souvent été dus à des dons et n’ont pas de pièces détachées en cas de panne. À Conakry, capitale de la Guinée, il n’y en qu’un. Quant au matériel de protection (surblouses, gants, masques, etc.), ils sont notoirement insuffisants.  

Il est vraisemblable que ceux qui s’en sortiront le mieux seront ceux qui seront capables de payer pour être soignés dans les cliniques privées à défaut d’aller en Europe comme à leur habitude.

L’épidémie de coronavirus est un amplificateur des inégalités sociales, aussi bien pour la mise en place des gestes barrières que pour l’accès aux soins.

Publié sur le site du NPA.

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