Ce 18 décembre, la syndicat agricole européen Copa-Cogeca a appelé à la mobilisation contre les orientations actuelles de la politique agricole européenne. Sont principalement visés les accords entre l’Union Européenne et le marché d’Amérique du Sud (EU-Mercosur) et les coupes budgétaires prévues dans la politique agricole commune (PAC), mais leurs revendications incluent également des demandes de dérégulation du marché sous couvert de simplification administrative.
La Gauche anticapitaliste, tout en étant solidaire de la lutte face à la violence de l’administration Von der Leyen, s’oppose à ces solutions ultra-libérales et insiste sur la nécessité d’une élaboration concertée de la politique agricole répondant aux besoins des paysans du Nord et du Sud.
Contre un accord international injuste et destructeur
Nous dénonçons en effet nous aussi avec la plus grande force les accords EU-Mercosur imposés à marche forcée par la Commission Européenne. Ces accords sont établis au seul avantage d’une minorité de grands propriétaires et de groupes agro-industriels internationaux capables d’inonder le marché européen. Les exploitations géantes où l’on nie les droits des travailleurs, où l’on s’approprie les terres des peuples indigènes, où l’on assassine les militants pour l’environnement … seront en effet renforcées par les nouveaux débouchés commerciaux offerts par ces accords. De plus, les matières premières agricoles exportées seront balancées par l’importation sur le marché latino-américain des services et produits industriels venus d’Europe. Ce système typique des échanges coloniaux aura pour effet de freiner le développement économique autonome des pays d’Amérique du Sud en les maintenant dans la dépendance des marchés internationaux.
Quant aux petits et moyens agriculteurs du Nord, ils ne verront rien des bénéfices engrangés par cette exploitation honteuse. Ils en feront au contraire plusieurs fois les frais. Non seulement, mis en compétition avec leurs homologues exploités du Sud, leurs revenus seront encore plus menacés, mais ils auront à subir les pertes de rendement amenées par la catastrophe climatique. Celle-ci ne sera en effet qu’accélérée par l’élevage intensif, les monocultures à haut niveau d’intrants, la déforestation, l’augmentation du transport international qui accompagnent l’agro-industie.
Pour la défense d’une politique agricole effective
En ce qui concerne la politique agricole commune, si nous sommes inquiets quant à son définancement, c’est pour qu’elle reste un outil économique et politique puissant, capable d’une réelle planification d’un secteur clé de notre société. La façon dont ces fonds sont distribués reste bien entendu à améliorer considérablement pour donner aux agriculteurs les moyens de travailler dans la dignité et de produire des aliments sains dans un environnement protégé. La PAC n’en reste pas moins un outil à redéployer plutôt qu’à affaiblir.
Nous nous gardons donc de fétichiser, comme le fait la Copa-Cogeca, les revendications compréhensibles de simplification administrative. Permettre aux travailleurs de pratiquer leur métier sans tracasserie inutile est bien entendu un objectif en soi que tous doivent poursuivre. Mais cet aspect sert trop souvent de cheval de Troie pour faire accepter une dérégulation économique nocive aux travailleurs et aux consommateurs. En ce sens, nous sommes particulièrement réceptifs aux revendications de l’ECVC(1)European Coordination Via Campesina (https://www.eurovia.org/wp-content/uploads/2025/12/2025.12.17_Call-to-Action_FR.pdf) qui incluent de manière pertinente le besoin de réglementation économique, sociale et environnementale du secteur agricole.
Des alternatives à co-construire
Nous ne soutenons ni une Commission soumise aux lobbies industriels, ni des syndicats majoritaires n’ayant foi que dans des solutions néo-libérales. La Gauche anticapitaliste, en tant qu’organisation luttant contre l’exploitation des travailleurs dans une perspective internationaliste, appelle dès lors au dialogue avec le monde paysan pour l’élaboration de réelles alternatives.
Concernant la PAC, nous pensons qu’une administration publique forte doit être maintenue afin de pouvoir accompagner le secteur de manière vertueuse. L’objectif est la souveraineté alimentaire européenne, les conditions de vie décentes des travailleurs, ainsi que le respect des impératifs de santé de la population et des limites écologiques. Pensons par exemple :
- Des conventions de co-propriété impliquant les collectvités afin de permettre l’installation d’exploitations agricoles de petites échelles intégrées aux besoins alimentaires et sociaux des communautés locales
- Des subsides plus avancés en soutien aux pratiques agro-écologiques
- L’accompagnement et la subvention de communautés de producteurs et de mangeurs dans l’organisation de circuits courts de distribution, particulièrement ceux démocratisant l’accès à une nourriture saine.
- Favoriser la la création d’emplois agricoles dignes qui permettent les reconversions professionnelles
- …
Autant de pistes à explorer avec les agriculteurs eux-mêmes.
Nous souhaitons aussi que les échanges et traités internationaux renoncent aux pratiques d’exploitation néocoloniales et prennent en compte les besoins spécifiques des travailleurs au Sud et au Nord sans hypothéquer la vie des populations sur une planète qui se réchauffe. Il est par exemple criant de voir Mme Von der Leyen mener des négociations commerciales à toute allure alors même que la mise en place du fonds pour pertes et dommages ne cesse d’être retardé ou même remise en question. Ces fonds (à renforcer par ailleurs) doivent dès à présent être mis à dispositions des communautés locales du Sud afin de permettre leur développement et leur adaptation écologique. Par exemple :
- Permettre aux paysans sans terre de récupérer leur part juste du foncier national
- Défendre les droits des peuples indigènes et protéger leur culture, et particulièrement leurs pratiques agro-écologiques
- Améliorer les conditions de travail souvent dangereuses dans les exploitations agricoles
- …
Ces initiatives qui pourraient voir le jour au Sud et au Nord sont à nos yeux des pistes importantes pour éviter les pires effets de la catastrophe climatique tout en développant le bien-être des travailleurs et de l’ensemble de la population mondiale. C’est toutefois les paysans eux-mêmes qui s’auto-organisent dans ce combat. Nous saluons dès lors les syndicats paysans tels que La Via Campesina et souhaitons leur apporter tout notre soutien.
Crédit photo : Gauche anticapitaliste / CC BY-NC-SA 4.0
Notes
