Ceci est le communiqué de presse du Groupe montois de Soutien aux Sans-Papiers.

Ce week-end des 25 et 26 août, la Libre Belgique a publié un article comprenant des extraits d’une interview de Nicolas Martin, candidat bourgmestre de la Ville de Mons pour le Parti Socialiste et par ailleurs Président Régional de sa Fédération (il est peut-être important de le rappeler au vu de ce qui va suivre…)

Lorsqu’il parle de ses priorités pour la Ville de Mons, il évoque la sécurité des citoyens. Et déclare :

“Moi, je veux en faire une thématique socialiste forte. Il n’y a rien de plus à gauche que de pouvoir assurer une sécurité garantie à tous les citoyens. Car ce sont précisément ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir une alarme qui ont besoin que la sécurité de leur domicile soit garantie. Pour moi, c’est une priorité absolue. Il y a des personnes sans-papiers qui commettent des délits en lien avec du trafic d’êtres humains, du trafic de drogue et qui ont dix, quinze ordres de quitter le territoire. Dans les faits, ils sont dans l’impunité totale. Parce que, contrairement à ce que raconte le gouvernement fédéral, ils sont toujours sur le territoire belge. Cela me pose un problème. Il est dès lors impossible pour un bourgmestre d’assurer une sécurité constante sur son territoire. Le gouvernement ne fait pas son travail.”

Tout d’abord, nous estimons que l’insécurité est avant tout sociale. « Une thématique socialiste forte » n’aurait jamais dû cautionner les mesures anti-chômeur.se.s prises par différents gouvernements depuis une trentaine d’années. Les gens les plus pauvres ont avant tout besoin d’une protection sociale qui leur garantisse une vie décente. C’est le manque de tout et en particulier de l’essentiel qui provoque la criminalité et l’insécurité.

Une nouvelle fois, le GROUPE MONTOIS DE SOUTIEN AUX SANS-PAPIERS se doit de réagir à un discours qui combine amalgames, confusions et affirmations erronées.

Amalgames : il insinue d’abord dans l’esprit du plus grand nombre qu’un lien peut être fait entre le fait d’être “sans-papier” sur le territoire de la ville de Mons et le fait de constituer une menace pour la sécurité de tous.

Confusions : jusqu’à preuve du contraire, l’auteur d’un délit est punissable, qu’il ait ou pas des papiers. Il n’est donc pas question d’impunité pour les sans-papiers délinquants (ceux-ci ne constituant par ailleurs qu’une infime minorité, comme dans toutes les couches de la population – y compris les mandataires politiques ? -)

Affirmations erronées : le gouvernement actuel ne respecte effectivement pas ses obligations internationales d’accueil mais s’est, à l’inverse, donné les moyens d’accentuer la politique répressive des gouvernements précédents. Ainsi, de nouveaux Centres Fermés (dont un pour familles) ont été ouverts -ou sont programmés- et le budget consacré par le gouvernement belge à la politique d’éloignement a grimpé de 35% depuis 2014 (il est passé de 63 millions € à près de 85 millions €). On enferme et on expulse quotidiennement (y compris vers des pays dictatoriaux ou en guerre) des personnes dont le seul « délit » est de ne pas avoir les « bons » papiers.

En mars 2017 après une communication dans le même sens sur la page Facebook de la Zone de Police de Mons-Quévy, nous avions réagi. Le post de celle-ci avait été retiré peu avant une rencontre de membres de notre groupe avec Mr Garin, Chef de Corps de ladite police. Ce dernier avait par ailleurs reconnu cette communication comme étant à tout le moins malheureuse.

Nous demandons donc à Monsieur Martin d’afficher enfin un vrai courage politique pour réaffirmer haut et fort les vraies valeurs progressistes qu’il prétend incarner et qui sont la solidarité avec les plus faibles, l’égalité, la fraternité entre les peuples. En outre, à force de vouloir aller grapiller quelques voix à la droite en utilisant son discours, on finit par la renforcer et lui faire écho au sein-même de son propre électorat.

Pour l’aider en ce sens, nous aimerions lui suggérer de méditer sur la déclaration suivante de Jean Jaurès :

“Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire, c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques.”
(Jean Jaurès – Discours à la jeunesse prononcé à Albi en Juillet 1903)