Qu’y a-t-il d’éthique à la commission éthique du SPF Santé  ?

Le philosophe de la médecine et membre de la commission éthique du SPF Santé, Ignaas Devisch, vient d’expliquer sur la VRT (dans De Afspraak) les règles décrétées pour les médecins et les hôpitaux pour décider lesquel.le.s des patient.e.s infecté.e.s par le coronavirus seront traité.e.s en priorité.

D’abord, les médecins doivent juger de la chance de survie. Un autre critère est le nombre d’années de vie à sauver. La Belgique dispose de 1900 lits en soins intensifs, dont 800 sont occupés actuellement. On réfléchit également sur le pire des scénarios où tous les lits disponibles sont occupés et ce scénario n’est pas abstrait du tout. Certains prédisent que 50.000 lits seraient nécessaires. Monsieur Devisch n’a aucune honte à se pencher sur de tels dilemmes.

Retournons à la période 1940-1945. Les nazis auraient aussi bien pu installer une commission éthique pour décider combien et quelles personnes juives devaient être envoyé.e.s dans les fours crématoires le jour X ou Y. Car il était impossible de tuer toutes ces innocentes victimes en un seul jour. Certain.e.s pourraient ainsi vivre un jour de plus, d’autres une semaine de plus, et certain.e.s même survivre.

M. Devisch aurait-il réclamé sa place dans cette commission éthique ? Aurait-il mis en question cette commission ? On peut en douter. De même qu’il ne s’est pas du tout posé la question de savoir s’il est nécessaire de faire un choix. Ce qui doit être fait, doit être fait. Cela ressemble fort au « Befehl ist Befehl »(1)« Les ordres sont les ordres ».

Il aurait plutôt pu se poser la question suivante : n’a-t-on pas besoin de plus de lits en soins intensifs, ou est-ce qu’il faudrait produire plus d’appareils respiratoires et de masques dans les entreprises qui pourraient ainsi se lancer dans la reconversion. Ou que dans le passé, on a supprimé trop de lits par la libéralisation et la privatisation dans le secteur de la santé, ou qu’il faudrait motiver plus les jeunes pour faire des études d’infirmier/ière (et donc les motiver par un salaire décent) ; ou si l’industrie pharmaceutique ne devait pas être placée sous contrôle public afin de développer des vaccins au service des besoins de la population. Les médecins et les soignant.e.s dans les hôpitaux sont devenu.e.s soudainement des héros et héroïnes. Mais la colère des blouses blanches demande depuis des années la semaine des trente heures pour que le travail soit humainement supportable, évidemment sans perte de salaire.

La commission d’éthique devrait se prononcer sur le scandale des détenus qui vivent à plusieurs dans une cellule, ceci en période de coronavirus (mais aussi dans les périodes « normales »). Pourquoi des gens qui n’ont pas commis de crime sur des personnes, ne sont-ils/elles pas mi.se.s en liberté ? Les détenu.e.s n’ont-ils pas les mêmes droits à la santé, pour l’Etat belge ?

Pourquoi des experts en éthique ne se prononcent-ils pas sur les centres fermés qui détiennent des gens qui n’ont commis aucun crime ? Les personnes sans papiers n’ont-elles pas non plus droit à la santé ? Poser la question c’est y répondre.

Aucune commission éthique n’est en vue pour se prononcer sur ces questions.

La commission de M. Devisch ne va pas sauver des vies, mais elle va décider quelles vies doivent s’arrêter.

Notes[+]

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