À Austin (Texas), un agent de l’ICE a tiré sur un livreur de repas après l’avoir percuté et contraint de s’arrêter avec son pick-up banalisé. Sa victime, Wilber Rafael Garces Perez, originaire du Venezuela, est pourtant entré légalement aux États-Unis et y a demandé l’asile. Il est actuellement détenu par l’ICE et ses graves blessures par balle ne sont pas soignées correctement.

À Springfield, dans l’Ohio, la communauté haïtienne vit dans la terreur. Ses membres, traumatisés, sont régulièrement arrêtés en vue de leur expulsion alors que certains ont bâti toute leur vie aux États-Unis depuis des décennies. Ils subissent ces rafles depuis que le régime Trump a révoqué de manière péremptoire leur statut de protection temporaire.

Partout dans le pays, au moins 166 immigrés ont été expulsés vers des pays « tiers » où ils n’ont aucun lien, comme la République centrafricaine où ils sont détenus dans des « hôtels-prisons » et battus et torturés s’ils osent s’exprimer. En témoigne un reportage réalisé en Ouganda sur huit immigrés qui ont été expulsés vers un pays qu’ils ne connaissent pas.

Ce ne sont là que quelques exemples des atrocités quotidiennes commises par l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) et la police des frontières, malgré l’indignation et les protestations au sein de nos communautés.

État des lieux de la répression

L’ICE n’a jamais réussi à atteindre l’objectif national fixé par Stephen Miller, un psychopathe raciste, qui promettait d’arrêter 3 000 immigrés par jour. Après un an et demi passé à expérimenter tantôt une tactique, tantôt une autre, le quota quotidien a été ramené à 2 000, ce qui reste déjà incroyablement cruel.

Divers médias ont fait état du nombre croissant de personnes arrêtées : 43 000 en juin, 49 000 en juillet et près de 51 000 en août. Cela représente moins de 1 650 par jour, mais constitue néanmoins une augmentation des arrestations. Et cela est dû en grande partie à la coopération des polices locales. Cependant, cela n’atteint toujours pas le niveau d’arrestations et d’expulsions sous Obama, le « chef des expulsions ».

Il est bien plus coûteux politiquement de s’en prendre à des personnes qui vivent dans le pays depuis des années que d’expulser celles qui se trouvent aux frontières. Ici, elles ont fondé des familles qui les aiment et les soutiennent ; elles ont des membres de leur communauté et des collègues qui les apprécient.

En fermant pratiquement les frontières et en empêchant les demandes d’asile, l’administration Trump a mis au point divers plans pour intercepter, placer en détention et expulser les immigrés. Alors qu’elle prétend se débarrasser des « pires des pires », les témoignages successifs révèlent le plus souvent des cas de personnes ordinaires, simplement porteuses de rêves et d’espoirs d’une vie meilleure.

Où l’ICE et la police des frontières trouvent-elles ces personnes qui semblent être en situation irrégulière ? On les trouve dans les aéroports, à l’arrivée ou au départ avec leurs familles ; on les intercepte alors qu’elles se rendent au travail ; aussi quand elles se présentent aux bureaux de l’ICE ou devant les tribunaux pour leurs rendez-vous d’immigration de routine.

La plupart d’entre elles ont des dates d’audience pour leur procédure d’asile lointaines, et certaines sont même titulaires d’une carte verte, mais prises  pour cible par une administration qui a décidé que leurs idées ne correspondaient pas à celles de Trump.

Cette dernière catégorie comprend les cas médiatisés de Mahmoud Khalil — un Palestinien de 31 ans né dans un camp de réfugiés en Syrie et préparant un master à l’université de Columbia — et de Salah Sarsour, 53 ans, président de la Société islamique de Milwaukee, leader communautaire, père et grand-père, né en Cisjordanie.

Autre catégorie, les personnes jouissant du statut de protection temporaire (TPS). Ce statut est destiné aux personnes dont le pays est confronté à une guerre, à des troubles civils ou à une catastrophe environnementale. Environ 350 000 Haïtiens ont obtenu ce statut en 2010, lorsqu’un tremblement de terre a détruit une grande partie de la capitale, Port-au-Prince, et ses environs.

Pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental, Haïti a subi deux coups d’État soutenus par les États-Unis il y a 30 ans et n’a pas réussi à retrouver sa stabilité. En raison de la violence des gangs, aucun vol n’atterrit à Port-au-Prince, car ceux-ci contrôlent la piste… et pourtant, la Cour suprême des États-Unis a statué que Trump avait le droit de supprimer pour les haïtiens le statut TPS, ce qu’il s’est empressé de faire.

La majorité des juges de la Cour a fait fi des propos ouvertement racistes de Trump à l’égard de ce pays quand il l’a qualifié de « trou à rats » et  accusé de manière absurde les Haïtiens vivant et travaillant à Springfield, dans l’Ohio, fief du vice-président Vance, de manger des chiens et des chats. Privés de leur statut TPS, les Haïtiens ont perdu leur emploi et 161 d’entre eux ont été expulsés vers Haïti, menottés, au mois d’août. Alors que les organisations humanitaires s’efforcent de venir en aide à ce premier groupe, l’équipe de Trump prévoit d’expulser 250 Haïtiens chaque semaine.

Les personnes qui ne disposaient que du statut TPS n’étant plus autorisées à travailler, cela entraîne déjà de graves pénuries de personnel dans le secteur des soins. D’autres, dont les demandes d’asile sont en cours d’examen, ont été convoquées au Département de la sécurité intérieure (DHS) pour des entretiens et équipées de bracelets électroniques.

Quoi de neuf ?

Même si davantage d’immigrés ont été expulsés au cours des deux mandats de l’administration Obama, l’administration Trump a mis au point tout un ensemble de nouvelles règles en matière d’immigration ou d’interprétations inédites de la loi sur l’immigration. La rhétorique de cette deuxième ère Trump ne masque pas mais revendique, dirait-on, sa cruauté inhérente.

En conséquence, on a fermé les frontières, empêché les demandeurs d’asile de déposer leur demande, licencié les juges de l’immigration qui rendent des décisions favorables et, une fois les personnes arrêtées, on les jette dans des centres de détention plutôt que de les libérer jusqu’à leur audience.

Même lorsqu’ils ont été contraints de renoncer à investir des immeubles à partir d’ hélicoptères ou à inonder les villes de leurs brigades de voyous masqués, les agents de l’ICE ont eu recours à d’autres tactiques terrorisantes. Ils ont mis en place une campagne médiatique visant à encourager les immigrés à s’auto-expulser pour éviter d’être enlevés sans avertissement et séparés de leurs enfants.

Cette administration a mis en place une stratégie consistant à placer les immigrés qu’elle arrête dans des centres de détention, avec pour objectif d’en accueillir jusqu’à 100 000. Ces établissements à but  clairement lucratif sont généralement gérés par des entreprises privées déjà spécialisées dans le secteur pénitentiaire, notamment le GEO Group et CoreCivic.

Selon Operation Immigration, 245 centres de détention et prisons de comté à travers les États-Unis accueillent actuellement près de 66 000 personnes, pour un coût annuel de 3,2 milliards de dollars. La durée moyenne de séjour est d’environ deux mois. Depuis 2025, 56 personnes sont décédées dans l’un de ces centres.

Sous la direction de l’ancienne secrétaire du DHS, Kristi Noem, l’ICE a lancé son « initiative de réorganisation de la détention », achetant 11 entrepôts à des prix exorbitants pour y héberger des immigrés. Mais entreposer des immigrés n’est pas aussi simple que de stocker des cartons.                                                                                                                                       

Les communautés se sont mobilisées pour empêcher l’ouverture de ces établissements en exigeant diverses audiences et des certificats de conformité. Elles ont souligné que les entrepôts ne disposaient pas des installations d’approvisionnement en eau et d’assainissement requises, et que certains se trouvaient dans des zones inondables. En l’espace de quelques mois, le projet a été abandonné et sept de ces entrepôts, achetés pour 700 millions de dollars, sont désormais mis en vente ou restitués au gouvernement.

Pourtant, après avoir créé le plus grand système de détention au monde, le DHS sollicite désormais frénétiquement des contrats auprès d’entreprises qui seraient chargées de construire de A à Z des centres « tout-en-un » où les immigrés seraient détenus, jugés puis expulsés. Le projet Salt Box a obtenu des documents et analysé ce type de fonctionnement rationalisé et planifié.

Dès le début, les personnes hébergées dans ces centres de détention ont dénoncé les conditions épouvantables : repas immangeables, impossibilité de contacter leur famille ou un avocat, absence totale de soins médicaux et mauvais traitements infligés par les gardiens.

Ces mauvaises conditions permettent non seulement de maximiser les marges bénéficiaires, mais servent également à terroriser les immigrés incarcérés et leurs familles. Certains immigrés ont rapporté que les gardiens leur avaient dit qu’il y avait un moyen tout simple pour mettre fin à leur détention : accepter de s’auto-expulser. Plusieurs centres ont été le théâtre de grèves de la faim et de grèves du travail prolongées, tandis que l’ICE et le personnel des centres continuent d’affirmer que tout va bien.

Des journalistes ont retrouvé la trace d’immigrés qui ont été expulsés. Certains sont rentrés de leur plein gré dans leur pays d’origine car, compte tenu de leurs besoins médicaux particuliers, ils craignaient de mourir en détention. Mais ceux qui sont expulsés vers des pays où ils ne connaissent personne se voient accorder quelques mois pour trouver où aller. Ils se retrouvent livrés à eux-mêmes.

Il s’agit là d’un crime contre l’humanité qui se poursuit, et que seule la résistance populaire parvient à ralentir. C’est pourquoi 15 militants de Minneapolis, dont des syndicalistes, font l’objet d’accusations de « complot » à la suite de la mobilisation de masse qui a chassé l’« Opération Metro Surge » de cette ville.


Source : Against The Current

Photo : L’Immigration and Customs Enforcement (ICE) ouvre un centre de détention pour immigrés, le « Big Horn Facility », dans les plaines du nord-est du Colorado. Il sera géré par le groupe privé GEO Group. Photo : Jim West