Après plus de 65 ans, l’exemplaire original du discours mondialement célèbre de Lumumba du 30 juin 1960 a été retrouvé.
Inprecor, revue de la IVe Internationale, vient de publier – pour la première fois dans un journal de langue française – dans le n° 746-747 (été 2026) le document original contenant le discours de Patrice Émery Lumumba du 30 juin 1960 lors de la cérémonie d’indépendance de la république du Congo.
La Gauche anticapitaliste publie ici l’article de Raphael Tambwe qui situe ce fameux discours dans son contexte historique. L’entretien de Kriger Josephson avec l’archiviste Gertjan Desmet, qui a trouvé le document original, est traduit du néerlandais par Lola Delzinne. Finalement vous pouvez trouver la transcription exacte du discours prononcé par Patrice Lumumba à partir de l’enregistrement audio conservé dans les archives de la radiodiffusion publique belge. Le dossier sur l’histoire de la décolonisation complexe du Congo, réalisé par nos camarades du SAP-Antikapitalisten, sera bientôt traduit et publié ici.
Raphael Tambwe. Perspectives et espoir d’un Jacobin congolais.
Contexte historique- le calvaire Congolais
Les différentes stations du chemin de croix coloniale (État indépendant du Congo, 1885-1908 ; Congo belge, 1908-1960) ont été marquées par une oppression, une humiliation et une exploitation extrêmes. La chicotte hante encore la mémoire collective, comme un rappel brutal de cette époque. Pourtant, les peuples congolais ont aussi déployé une multitude de formes de résistance et mené de vastes luttes populaires.
À la fin des années 1950, une dynamique puissante de libération et d’émancipation nationale prit forme. Les réactions au sommet de l’état belge se résumaient dans la formule du « pari congolais » : concéder rapidement l’indépendance formelle tout en préservant le contrôle réel du pays. En plus de faire jouer la dépendance économique on pensait pouvoir maintenir des cadres blancs dans l’armée et dans l’administration. On comptait également sur l’octroi sélectif de privilèges et les armes diplomatiques pour orienter le nouveau pouvoir.
L’échec retentissant de ce fameux pari engendrait la « crise congolaise » de 1960-1961 au cours de laquelle Patrice Lumumba joua un rôle historique décisif, puis hautement symbolique. Son discours prononcé lors de la cérémonie d’indépendance – incisif, offrant perspectives et porteur d’espoir pour la nation congolaise – s’inscrit comme un moment charnière de l’histoire politique du pays. Ce texte reflète la détermination inébranlable de Lumumba mais révèle à la fois la faiblesse idéologique du petit cercle de dirigeants nationalistes de l’époque.
Ce n’est qu’au prix de l’assassinat de Patrice Lumumba, de Pierre Mulele et de leurs compagnons, d’une répression écrasante, de deux interventions militaires étrangères massives (1960‑1961 et 1964‑1965), conjugués aux opérations secrètes habituelles et à une corruption systématisée, qu’a pu être imposée la dictature de Mobutu (1965‑1997). Ainsi s’est consolidé une domination néocoloniale dans sa version congolo‑zaïroise. La prise de pouvoir par Laurent -Désiré Kabila (1997-2001), suivie de la présidence de son fils Joseph Kabila (2001-2019), puis du passage de relais à Félix Tshisekedi n’a fait que perpétuer ce même système. Oui, les acteurs changent, mais les mécanismes fondamentaux de sous-développement et de dépendance, eux, demeurent.
Les trois actes de naissance de l’État congolais
Jeudi 30 juin 1960. À Léopoldville, aujourd’hui Kinshasa, une succession de festivités marque la proclamation de l’indépendance du Congo. Le programme commence avec un office protestant d’action de grâce, suivi d’un Te Deum catholique. Les invités étrangers et les personnalités d’honneur sont ensuite reçus avec solennité par le roi Baudouin à la résidence du gouverneur général Cornelis. Mais c’est la cérémonie suivante — celle où l’indépendance est officiellement ratifiée par les gouvernements belge et congolais — qui entre véritablement dans l’histoire. La résonance de cet événement auprès de la population congolaise est immense, profonde et durable, d’autant que l’ensemble des discours est retransmis en direct à la radio(1)Le Musée royal de l’Afrique centrale a publié sur YouTube les enregistrements audios des trois discours : Baudouin https://www.youtube.com/watch?v=dhDSFLw2Epo; Kasavubu https://www.youtube.com/watch?v=eiPQ8dv9v9Q; Lumumba https://www.youtube.com/watch?v=dVZ1Gz9YFHY..
Le gratin de l’establishment belge et des puissances coloniales se réunit dans la salle du Palais de la Nation. Plus de soixante délégués étrangers, ainsi qu’un cercle restreint de l’élite congolaise émergente, prennent place. Des dizaines de journalistes belges et internationaux sont présents. Le premier à parler est le roi Baudouin, avec ce style solennel, rigide, onctueux et presque liturgique qui le caractérise. Son discours se transforme rapidement en un hymne à la colonisation belge, présentée comme porteuse de « civilisation », faisant de Léopold II un visionnaire et un prétendu libérateur de la traite négrière. L’indépendance est présentée comme l’aboutissement de l’œuvre belge, un héritage pour lequel les Congolais doivent gratitude et respect. C’est exactement dans ce registre que s’inscrit le discours du président Kasavubu : humilité soumise et « chrétienne », des ambitions congolaises soigneusement modérées, et une adhésion implicite au souhait belge d’une future « coopération » harmonieuse.
Soudain, le président de la Chambre, Joseph Kasongo, donne la parole au Premier ministre Lumumba. Bien que cela ne figure pas au protocole original, le service de presse officiel CGI, plusieurs ministres belges et le roi lui‑même étaient informés de la décision unilatérale de Lumumba de prononcer son propre discours. Cela n’atténue en rien la consternation provoquée par le contenu et le ton de son intervention. Le contraste avec les allocutions précédentes est saisissant. Le tabou entourant les exactions coloniales est brisé sans équivoque. Les luttes et les aspirations du peuple congolais passent au premier plan. Plusieurs références panafricaines sont formulées explicitement. Lumumba ne s’adresse pas seulement aux dignitaires présents : il sait que les masses congolaises — et donc l’Histoire — l’écoutent aussi.
Le discours de Lumumba – les faits et la vérité historique
Divers facteurs ont engendré des perceptions et des interprétations contradictoires, exagérées et inexactes du discours de Lumumba, tant dans la mémoire collective que dans l’historiographie officielle. Les intérêts en jeu et les positions idéologiques divergentes concernant le passé colonial, le processus d’indépendance et les crises congolaises — en particulier l’assassinat de Patrice Lumumba — y jouent naturellement un rôle. S’ajoutent à cela l’incomplétude des fragments audio et vidéo publiés, des transcriptions approximatives et des recherches archivistiques lacunaires. Bien que ce discours ait aujourd’hui soixante‑six ans, il continue de résonner, et les questions qu’il soulève demeurent d’une actualité frappante. D’où la nécessité de diffuser largement les faits historiques disponibles et d’en proposer une analyse critique.
L’historien Gertjan Desmet(2)Desmet (G.). Identifying Lumumba’s ‘Independence speech’: An archival analysis of typescript AB2191. Journal of Belgian History, LVI(1), 2026, pag. 62–105. https://www.journalbelgianhistory.be/en/system/files/article_pdf/04%20Desmet%20vdef.pdf. Les scans du document d’archives AB2191 sont publiés ici avec l’aimable autorisation de Gertjan Desmet et des services d’archives CegeSoma. Voir également l’entretien avec Gertjan Desmet sur le site web de la Gauche Anticapitaliste en Belgique. a exhumé des Archives de l’État belge et rendu publique le document AB1191 qui est avec une quasi-certitude – l’exemplaire personnelle et original du discours de Lumumba avec ses notes manuscrites à l’encre vert. Il y a joint une analyse archivistique et une mise en contexte approfondie qui répertoriaient de manière exhaustive les éléments essentiels(3)En résumé, la thèse avancée est que le document AB2191 constitue l’original authentique que Lumumba tenait en main le 30 juin 1960 et qu’il avait personnellement amendé encore durant la cérémonie. L’argumentation repose sur quatre piliers majeurs. Le premier concerne le trajet et l’historique de l’acquisition du document, remontant à Piet Lenain du Commissariat général d’information (CGI) du Gouverneur général. Le second porte sur les caractéristiques matérielles (le papier, le filigrane, le pli) ainsi que la graphologie de l’écriture de Lumumba, qui répondent à toutes les exigences d’authenticité. Troisièmement, le texte — avec ses suppressions et corrections uniques — correspond, mieux que toutes les autres versions connues, aux paroles effectivement prononcées, dont des enregistrements audios ont été conservés. Enfin, tous ces éléments semblent absents d’une photocopie d’un document dactylographié et annoté, présenté à tort comme original et qui a été retrouvée en 2015 dans les archives de Finoutremer, anciennement Compagnie du Katanga [cfr. « Exclusif : Le discours de Lumumba, texte fondateur », Le Vif, 27-06-2015. http://www.levif.be/actualite/international/exclusif-le-discours-de-lumumba-texte-fondateur/article-normal-402789.html]..
En outre, nous publions ici la transcription du discours prononcé par Patrice Lumumba — qui diffère légèrement du document annoté original AB1191 en raison d’improvisations de dernière minute de Patrice Lumumba — sur la base de la version établie par Gertjan Desmet à partir de la copie numérique de l’enregistrement audio conservé dans les archives de la radiodiffusion publique belge(4)Enregistrement audio “Toespraak Patrice Lumumba over onafhankelijkheid Belgisch Congo” (VRT, Televisie-archief, media ID GW_2173_3).. Les premiers mots, « Excellences, Mesdames, Messieurs », ne sont pas audibles dans la version diffusée sur YouTube par le Musée royal de l’Afrique centrale, le micro n’ayant pas encore été correctement branché au début de l’intervention de Lumumba.
Entretien avec Gertjan Desmet
Après plus de 65 ans, l’exemplaire original du discours mondialement célèbre de Lumumba du 30 juin 1960 a été retrouvé. Kriger Josephson s’est entretenu avec Gertjan Desmet, qui a publié une analyse impressionnante de ce document et de son contexte historique dans la Revue belge d’histoire contemporaine.
Archiviste et historien, Gertjan Desmet fait partie de l’équipe du CegeSoma, le Centre d’Etude Guerre et Société, qui dépend des Archives de l’Etat (en Belgique). Outre ses contributions sur l’accessibilité et la gestion des archives, il a notamment publié sur l’Internationale Kommunisten Deutschlands et l’émigration communiste allemande en Belgique durant l’entre-deux-guerres. Il est également co-auteur de l’ouvrage « Ernest Mandel. Nationalité et Lutte de Classe en Belgique 1958-1973 ».

KJ : Ton article, Gertjan, constitue une percée inédite sur plusieurs points concernant l’intervention de Patrice Lumumba lors de la proclamation d’indépendance du Congo. Tout commence par la « découverte » de la pièce d’archive « AB2191 ». Tu arrives à la conclusion que ce document est – avec une quasi-certitude – l’exemplaire personnel de Lumumba de son célèbre discours du 30 juin 1960. Mais cela a nécessité deux ans de recherches et une analyse archivistique et contextuelle approfondie. Tu livres en outre la seule transcription correcte de ce qu’il a réellement dit.
Commençons peut-être par l’histoire de la pièce d’archive « AB2191 ».
GJD : C’est étrange, et cela semble presque incroyable, mais les cinq pages de l’exemplaire de Lumumba se trouvent dans la collection d’archives du CegeSoma depuis plus de 20 ans. Elles étaient décrites dans notre ancien catalogue en ligne Pallas sous la référence AB2191, avec une référence explicite au discours du 30 juin 1960 de Lumumba.
KJ : Comment est-il possible que personne ne l’ait remarqué ?
GJD : Il peut avoir plusieurs raisons. Le contenu du discours de Lumumba était en fait généralement considéré comme connu et établi. On se référait toujours aux mêmes textes sans remonter aux sources primaires. Le CegeSoma, étant à l’origine le Centre de Recherches et d’Etudes historiques de la Seconde Guerre mondiale, n’était probablement pas considéré comme une source potentielle pour la recherche sur le Congo. Alors que nous possédons peut-être l’une des plus grandes collections de Belgique en matière de journaux intimes, récits personnels, mémoires et manuscrits.
En septembre 2022, lors d’un travail d’inventaire sur l’autobiographie d’un certain Jean Rigot, je suis tombé sur un texte dactylographié photocopié du discours de Lumumba. Un peu plus loin se trouvait le document dactylographié original, 5 pages, sur lequel des notes manuscrites avaient été ajoutées. Rigot avait été pilote de ligne à la Sabena. Selon sa propre biographie, il avait, avec son collègue Ruwet, transporté Lumumba de Port-Francqui (Ilebo) à Léopoldville, après son arrestation le 1er décembre 1960. Le CegeSoma avait reçu ces papiers à l’été 2004 et les avait enregistrés sous la pièce AB2191. Rigot avait déclaré les avoir reçus d’Yvette Maertens, veuve d’un certain Piet (Pierre) Lenain, avant son décès en 2004. Il avait ajouté que les notes y figurant avaient été faites par Lenain, en tant que « secrétaire et conseiller » de Lumumba. Cette information – factuellement – erronée a été reprise telle quelle dans le catalogue du CegeSoma. De même, son affirmation selon laquelle Lumumba aurait laissé son texte sur le pupitre après le discours, permettant ainsi à Lenain de s’en emparer, est contredite par les images filmées conservées de la cérémonie.
KJ : Comment ce Lenain est-il entré en possession du document authentique ?
GJD : Piet Lenain était un ancien journaliste du journal (libéral) « Het Laatste Nieuws ». Mais le 30 juin 1960, il se trouvait à Léopoldville en sa qualité de commissaire général adjoint du CGI. Ce Commissariat Général à l’Information était le service d’information appartenant au Gouvernement général de la colonie congolaise. L’une des missions du CGI était la diffusion de communiqués de presse officiels. Lenain a ainsi dû entrer en possession de l’exemplaire personnel de Lumumba et l’a ensuite conservé à titre privé. Cela n’est pas si inhabituel. Nous constatons souvent un mélange de documents officiels et d’archives personnelles chez les fonctionnaires, les politiciens, les ministres, les membres de cabinet… Le CGI était devenu subordonné à l’instance de transition, le Collège Exécutif Général, à partir du 8 mars 1960. Au moment de la cérémonie d’indépendance – depuis minuit – le CGI relevait de l’autorité du gouvernement congolais. Le CGI n’a été remplacé par le Ministère de l’Information et des Affaires culturelles que le 6 juillet 1960. À mon avis, les documents du CGI du 30 juin 1960 doivent être considérés comme des archives de droit public de la République du Congo. Les documents administratifs de l’ancien Gouvernement général et du Ministère des Colonies sont depuis peu transférés du SPF Affaires étrangères vers les Archives de l’État et doivent encore être largement inventoriés. Il n’est pas impossible que des informations pertinentes y fassent surface à l’avenir. Mais l’histoire de l’acquisition et du parcours de la pièce d’archive « AB2191 » fournit une explication plausible de la présence de l’exemplaire de Lumumba au CegeSoma.
KJ : Le discours de Lumumba du 30 juin 1960 illustre clairement ses qualités de tribun et son talent d’orateur, y compris la tonalité, le rythme, les pauses… Ta recherche sur les circonstances de son discours déconstruit cependant plusieurs interprétations erronées et contre-vérités largement répandues. Bien que le contenu ait effectivement causé la consternation, d’abord parmi les hauts dignitaires présents, tu démontres par exemple que son intervention n’était nullement improvisée.
GJD : L’entourage de Baudouin avait reçu au moins trois indications que Lumumba allait prendrait la parole. Kashamura écrit dans ses mémoires, des années plus tard, que le roi était déjà la veille au courant du projet du Premier ministre congolais, et qu’il avait réagi avec choc. Pierre Wigny, alors ministre belge des Affaires étrangères, indique dans son autobiographie, conservée aux Archives de l’État, qu’il avait briefé Baudouin juste avant la séance, vers onze heures, sur le nombre modifié de discours. J’ai aussi trouvé un rapport, intéressant et nouveau, de Marcel Zwaenepoel dans les archives d’Auguste-Edmond De Schryver, ministre du Congo belge et du Ruanda-Urundi (3 septembre 1959 – 29 juin 1960) et des Affaires africaines (29 juin – 3 septembre 1960). En tant qu’attaché de presse de De Schryver, il s’est rendu au bureau du Gouverneur général où l’on travaillait encore au discours de Baudouin. Lors d’un contact téléphonique avec le CGI, qui attendait ce texte, on les pressa d’accélérer, car les textes de Kasa-Vubu et de Lumumba étaient déjà arrivés. Après cette annonce surprenante, Zwaenepoel reçut l’ordre d’aller chercher immédiatement un exemplaire du discours de Lumumba. Après plusieurs appels téléphoniques, il s’avéra que le CGI ne disposait pas de ce texte, mais qu’il était bien au courant des intentions de Lumumba.
KJ : Si je comprends bien, les ministres belges et le roi avaient été informés au préalable des projets de Lumumba, mais ne disposaient pas d’une copie du texte lui-même.
GJD : Cela a également suscité par la suite une véritable controverse dans la presse. Ainsi, le chef de l’époque du CGI, Régis (« Reginald ») Hemeleers, a été accusé en 1961 de collusion avec le gouvernement congolais. Hemeleers a maintenu jusqu’à sa mort le même récit des événements à ce sujet. Il raconte que dans son bureau, à un moment donné, des journalistes américains lui ont demandé le texte du discours de Lumumba. Hemeleers est tombé des nues. Il a téléphoné à la résidence officielle du Premier ministre congolais où il a été confirmé que Lumumba prendrait effectivement la parole lors de la cérémonie d’indépendance. Patrice Lumumba est lui-même venu au téléphone et a promis de lui remettre, juste avant la séance, un texte provisoire, à condition qu’il ne soit pas diffusé. Apparemment, quelqu’un du CGI a néanmoins créé un stencil sur cette base et distribué des copies. Après la protestation du secrétaire de presse belge de Lumumba, Henri Ancelot, on a essayé après la séance de rappeler et de détruire toutes les copies.
KJ : Il existe aussi pas mal de flou concernant ceux qui ont collaboré à la rédaction du discours de Lumumba.
GJD : Pour moi, la question de savoir qui est précisément l’auteur est un faux problème, car tout indique qu’il s’agit d’un travail collectif. Devant la Commission d’enquête parlementaire sur l’assassinat de Lumumba, tant Jean Van Lierde que Marijse Hockers, qui travaillait alors au cabinet du Premier ministre congolais, ont déclaré ne pas avoir participé à la rédaction. Ils ont affirmé que Patrice Lumumba écrivait lui-même ses discours. Kashamura évoque une contribution possible des diplomates guinéens Diallo Telli et Tounkara. Dans l’autobiographie d’Andrée Blouin, récemment rééditée, sa fille fait référence dans une postface aux affirmations de Victor Nendaka – pas vraiment une source impartiale – qui désignait Blouin comme auteure en 2001. Or, la « Pasionaria noire » avait été expulsée plus de deux semaines auparavant, et était effectivement partie, d’abord pour l’Italie. Elle écrit elle-même avoir écouté le discours à la radio. La décision de Lumumba de faire cette intervention imprévue a probablement été prise dans les jours précédant la cérémonie d’indépendance. Dans « Patrice Lumumba. La crise congolaise revisitée » de 1990, Jean-Claude Willame explique cela par une frustration croissante, le sentiment d’avoir été évincé, mis sur la touche.
KJ : Dans ton article, tu avances essentiellement quatre arguments prouvant que le document d’archives retrouvé, AB2191, est l’exemplaire personnel que Lumumba a lui-même lu lors de la cérémonie d’indépendance. Nous avons déjà parlé de sa provenance et de son historique d’acquisition. Mais il y a aussi les aspects matériels, physiques. Tu décris, par exemple, les frappes de touches perceptibles au verso, ainsi que les deux plis nets, qui correspondent à la façon dont Lumumba tenait le document. Ensuite, il y a les annotations manuscrites, avec plusieurs types d’encres (verte, bleue, rouge, magenta).
GJD : Il s’agit en effet d’un papier dactylographié original (pas une copie, pas un stencil) avec un filigrane du ministère des Colonies. La plupart des annotations sont en vert, dont une partie correspond à l’écriture de Lumumba. Les archives de Van Lierde contiennent plusieurs lettres de sa main; mais graphologiquement, il y a des similitudes indéniables avec le texte et la signature que Patrice Lumumba a apposés dans le Livre d’Or de la Centrale générale des syndicats libéraux de Belgique (CGSLB) lors de sa visite en 1956, que le service d’archives Liberas a mis en ligne.
KJ : Un troisième pilier étayant l’hypothèse centrale de ton article est l’analyse de contenu du discours de Lumumba. Tu y décortiques 13 versions différentes (de [A’] à [G]), reconstitues leur genèse, et les compares au texte prononcé.
GJD : Il est particulièrement intéressant d’examiner les modifications apportées par Lumumba. Certaines figurent déjà dans le texte provisoire remis au CGI, et d’autres non. Comme on le voit sur les images filmées, il retravaille le texte pendant les discours de Baudouin et de Kasa-Vubu. Ces passages retouchés à l’encre verte sont clairement identifiables. Il avait, par exemple, déjà ajouté le titre avant la séance. Mais les importants ajouts « panafricains » à la fin, par exemple, ont été faits pendant la cérémonie. La tendance globale est que Lumumba adoucit plutôt les aspects les plus tranchants.
KJ : Cela va à l’encontre du mythe du discours de Lumumba comme une provocation délibérée, antidiplomatique, ou une explosion impulsive et agressive après le discours paternaliste et colonialiste de Baudouin.
GJD : Que Lumumba n’ait pas voulu mener une attaque-surprise agressive est également confirmé par le fait qu’avant la séance, il avait chargé son officier d’ordonnance de communiquer qu’il prendrait la parole. J’interprète son discours comme un discours classique de libération nationale. Il commence de manière assez virulente, sur le passé colonial, mais moins que ce qui était initialement écrit. On en a fait toute une affaire en Belgique, mais, au fond, il ne s’agit que de constats. Je lis la deuxième partie dans le sens de « nous allons maintenant construire quelque chose, pas nécessairement contre la Belgique, mais pour le peuple africain ».
KJ : Cela reste tout de même remarquable, et va en tout cas à l’encontre de l’opinion établie à ce sujet, que Lumumba, même après avoir entendu Baudouin et Kasa-Vubu, ait plutôt modéré le ton et le contenu de son discours…
GJD : Une note dans le dossier d’enquête que Walter Ganshof van der Meersch, ministre sans portefeuille chargé des affaires générales en Afrique, a amorcée le lendemain sur le déroulement complet des cérémonies d’indépendance indique également que la version initiale du discours de Lumumba était beaucoup plus dure que le discours réel. Dans les archives Ganshof se trouve un ensemble de différentes versions du texte de Lumumba.
KJ : Peux-tu donner quelques exemples de cet adoucissement, de ce rendu moins brusque et – pour les Belges – plus acceptable ?
GJD : Le texte original dactylographié commençait par « Congolais, Congolaises ». Lors de la réunion du matin au cabinet du Premier ministre congolais, on y a ajouté préalablement « Sire, Excellences, Mesdames, Messieurs » à l’encre bleue sur son exemplaire. Pendant la cérémonie, Lumumba modifie lui-même à la main un passage « tout cela jamais nous ne l’oublierons » – ce qui pourrait paraître vindicatif – en « nous en avons profondément souffert ». Il a également barré certaines phrases faisant référence aux balles de la Force publique. Il est aussi intéressant de noter que, systématiquement, « je » et « mon » ont été changés en première personne du pluriel, « nous » et « nos ».
KJ : Une autre question qui montre la souplesse tactique de Lumumba et qui contraste avec la diabolisation occidentale, rapidement croissante, de sa personne en tant que fanatique irrationnel, est son « discours de réparation » plus tard dans la journée.
GJD : La cérémonie matinale du 30 juin 1960 s’est terminée par la signature – dans une ambiance glaciale – de l’acte d’indépendance par les deux Premiers ministres, Patrice Lumumba et Gaston Eyskens. Le protocole prévoyait ensuite une réception par les deux chefs d’État et un déjeuner. Les hauts dignitaires belges ont cependant menacé de quitter immédiatement le Congo, mais, après la médiation de l’ambassadeur du Ghana, un compromis a été trouvé. Lumumba a accepté de porter un toast lors du déjeuner, largement rédigé par les Belges, et conçu par eux comme une « réparation ». On trouve une version de celui-ci dans les archives de De Schryver au KADOC. Lumumba y aurait encore changé quelques éléments. Mais, après ce « toast réparatoire », le gouvernement congolais a quand-même fait distribuer par le CGI 1500 exemplaires de la « version définitive » du premier discours de Lumumba.
KJ : Un quatrième argument plaidant pour que le document d’archives « AB2191 » soit l’authentique exemplaire personnel du discours de Lumumba du 30 juin 1960 repose sur la comparaison avec le document que Ludo De Witte a trouvé en 2015 dans les archives Finoutremer.
GJD : Il s’agit ici d’une photocopie monochrome, pas d’un original. Sur le fond, les annotations sont presque identiques ; seuls manquent trois ajouts barrés, à savoir « dans quelques années ». Mais l’écriture n’est certainement pas celle de Lumumba. Une copie identique se trouve dans les archives SIBEKA, et des collègues en ont encore trouvé un autre exemplaire. Tout cela rend impossible le fait qu’il s’agisse du propre texte de Lumumba. Dans le dossier concerné des archives Finoutremer, on trouve de tout : toutes sortes de notes anonymes, des pamphlets et lettres authentiques et falsifiés, etc. Il y a ainsi une prétendue lettre de Lumumba intitulée « Mesures d’application de la première phase de la dictature » et saluant « Vive l’Union soviétique. Vive Khrouchtchev ».
KJ : Les trois discours de la cérémonie d’indépendance au Palais de la Nation ont été diffusés en direct à la radio, ce qui a eu un impact important et durable sur la population congolaise. Mais des enregistrements sonores et des images filmées ont également été réalisés.
GJD : L’une des grandes questions est de savoir s’il existe encore (et où) des images filmées brutes de la cérémonie d’indépendance. Toutes les vidéos publiées du discours de Patrice Lumumba sont des fragments incomplets et montés après coup. J’ai moi-même fait des recherches auprès des services d’archives et des agences de presse, contacté des chercheurs en images… Il serait bien sûr intéressant de voir le déroulement complet de la cérémonie, de vérifier combien de temps Lumumba passe à prendre des notes, de le suivre depuis le moment où il se lève pour aller au pupitre, de dénombrer les changements de page, etc., jusqu’à la fin de son discours. Ainsi que de pouvoir observer les réactions dans la salle sans qu’elles soient montées entre d’autres séquences filmées. Nous connaissons déjà l’image de Lumumba au pupitre central, tandis que le roi et Kasa-Vubu doivent l’écouter – presque symboliquement – plus bas, sur le côté de la salle.
KJ : Assez curieusement, tu publies aussi la première transcription complète et correcte des enregistrements sonores du discours de Lumumba. Bien que d’une valeur historique et d’un statut presque iconique, les versions publiées n’ont jamais correspondu à ce qu’il a réellement dit.
GJD : J’ai obtenu, via les archives de la VRT, une copie numérique de l’enregistrement sonore réalisé par l’INR, l’ancêtre de la VRT. Abstraction faite des erreurs de frappe et de quelques lapsus et petites improvisations de Lumumba sur le moment même, le texte de la pièce d’archive AB2191 – y compris les dernières modifications apportées à la main – correspond entièrement au discours prononcé. Dans ce fichier de l’INR, on entend aussi les remarques des journalistes radio présents dans la salle. Il y a la voix de Joseph Kasongo, le président de la Chambre congolaise et président de la cérémonie : « La parole est au Premier ministre du Congo ». Puis vient un commentaire « En thans zal spreken eerste minister Lumumba » auquel succède son collègue francophone : « Voici maintenant monsieur Lumumba qui monte devant le bureau présidentiel ». Une particularité concerne le début du discours de Lumumba qui n’a été mis au jour que grâce à un examen attentif de cet enregistrement sonore. Après que Lumumba est monté sur l’estrade, on n’entend rien pendant quelques secondes. Ensuite, on tousse, et peut-être que cela chevauche le mot de début écrit « Sire », mais c’est impossible à vérifier. Mais ensuite, on entend – non amplifié, mais distinctement – Lumumba dire « Excellences, Mesdames, Messieurs ». L’enregistrement bien connu débute ensuite par la célèbre phrase « Congolais, Congolaises », suivie du discours de treize minutes.
La question des phrases d’ouverture et des titres d’adresse dans le discours de Lumumba porte sur des détails, mais constitue néanmoins un nouvel élément pertinent dans l’interprétation historique de celui-ci. Cela est également confirmé par les fragments vidéo existants. Devant les sièges de Baudouin et Kasa-Vubu se trouvait un microphone, du côté droit du podium. Lumumba s’est tenu au centre du podium. Sur les images filmées, on voit qu’un technicien congolais, selon moi, branche rapidement un deuxième microphone, car on entend encore un peu de murmures de fond sur l’enregistrement audio, alors que Lumumba a déjà commencé à parler.
Sur la chaîne YouTube du Musée royal de l’Afrique centrale à Tervueren, on peut trouver une version audio complète des trois discours, malheureusement sans mention de source. Mais on n’y entend pas le début non amplifié du discours de Lumumba.
KJ : En tout cas, Gertjan, merci beaucoup pour l’interview, et pour l’article extrêmement intéressant que tu as écrit à ce sujet. Outre une synthèse des informations existantes sur le contexte historique, tu as apporté un nombre important d’éléments nouveaux. Nous disposons désormais à la fois d’une transcription finale et de l’exemplaire personnel – comme tu le dis, avec une très grande probabilité – du discours de Lumumba. Tout cela contribue certainement à permettre une analyse plus riche et plus nuancée du processus complexe de décolonisation au Congo.
Transcription du discours prononcé par Patrice Lumumba le 30 juin 1960 (5)Transcription établie par Gertjan Desmet à partir de la copie numérique de l’enregistrement audio conservé dans les archives de la radiodiffusion publique belge. Desmet (G.). Identifying Lumumba’s ‘Independence speech’: An archival analysis of typescript AB2191. Journal of Belgian History, LVI(1), 2026, pag. 101–102.

“Excellences,
Mesdames, Messieurs,
Congolais et Congolaises,
combattants de l’indépendance aujourd’hui victorieux,
je vous salue au nom du gouvernement congolais.
À vous tous, mes amis qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce trente juin mille neuf cent soixante une date illustre que vous garderez ineffaçablement gravée dans vos coeurs, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants, pour que ceux-ci à leur tour fassent connaître à leurs fils et à leurs petits-fils l’histoire glorieuse de notre lutte pour la liberté.
Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, ays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant, que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang.
Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage qui nous était imposé par la force.
Ce que fut notre sort en quatre-vingts ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire.
Car nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers.
Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir parce que nous étions des « nègres ». Qui oubliera qu’à un Noir on disait « tu », non certes comme à un ami, mais parce que le « vous » honorable était réservé aux seuls Blancs ?
Nous avons connu que nos terres furent spoliées au nom de textes prétendument légaux qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort.
Nous avons connu que la loi n’était jamais la même selon qu’il s’agissait d’un Blanc ou d’un Noir : accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres.
Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou croyances religieuses : exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort elle-même.
Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les Blancs et des paillotes croulantes pour les Noirs ; qu’un Noir n’était admis dans les cinémas, ni dans les restaurants ni dans les magasins dits « européens » ; qu’un Noir voyageait à même la coque des péniches, aux pieds du Blanc dans sa cabine de luxe.
Qui oubliera enfin les fusillades, où périrent tant de nos frères, les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d’injustice, d’oppression et d’exploitation ?
Tout cela, mes frères, nous en avons profondément souffert.
Mais tout cela aussi, nous, que le vote de vos représentants élus a agréés pour diriger notre cher pays, nous, qui avons souffert dans notre corps et dans notre coeur de l’oppression colonialiste, nous vous le disons, tout haut, tout cela est désormais fini.
La République du Congo a été proclamée et notre cher pays est maintenant entre les mains de ses propres enfants.
Ensemble, mes frères, mes soeurs, nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur.
Nous allons établir ensemble la justice sociale et assurer que chaque-chacun reçoive la juste rémunération de son travail ;
Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir quand il travaille dans la liberté, et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l’Afrique tout entière ;
Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants ;
Nous allons revoir toutes les lois d’autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles ;
Nous allons mettre fin à l’oppression de la pensée libre et faire en sorte que tous les citoyens jouissent pleinement des libertés fondamentales prévues dans la déclaration des Droits de l’Homme ;
Nous allons supprimer efficacement toute discrimination quelle qu’elle soit et donner à chacun la juste place que lui vaudra sa dignité humaine, son travail et son dévouement au pays ;
Nous allons faire régner non pas la paix des fusils et des baïonnettes, mais la paix des coeurs et des bonnes volontés.
Et pour tout cela, chers compatriotes, soyez sûrs que nous pourrons compter non seulement sur nos forces énormes et nos richesses immenses, mais sur l’assistance de nombreux pays étrangers dont nous accepterons la collaboration chaque fois qu’elle sera loyale et ne cherchera pas à nous imposer une politique quelle qu’elle soit.
Dans ce domaine, la Belgique qui, comprenant enfin le sens de l’histoire, n’a pas essayé de s’opposer à notre indépendance, est prête à nous accorder son aide et son amitié, et un traité vient d’être signé dans ce sens entre nos deux pays égaux et indépendants. Cette coopération, j’en suis sûr, sera profitable aux deux pays. De notre côté, tout en restant vigilants, nous saurons respecter les engagements librement consentis.
Ainsi, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, le Congo nouveau, notre chère république, que mon gouvernement va créer sera un pays riche, libre et prospère. Mais pour que nous arrivions sans retard à ce but, vous tous, législateurs et citoyens congolais, je vous demande de m’aider de toutes vos forces.
Je vous demande à tous d’oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent de nous faire mépriser à l’étranger ;
Je demande à la minorité parlementaire d’aider mon gouvernement par une opposition constructive et de rester strictement dans les voies légales et démocratiques ;
Je vous demande à tous de ne reculer devant aucun sacrifice pour assurer la réussite de notre grandiose entreprise ;
Je vous demande enfin de respecter inconditionnellementla vie et les biens de vos concitoyens et des étrangers établis dans notre pays ; si la conduite de ces étrangers laisse à désirer, notre justice sera prompte à les expulser du territoire de la République ; si par contre leur conduite est bonne, il faut les laisser en paix, car eux aussi travaillent à la prospérité de notre pays.
L’indépendance du Congo marque un pas décisif vers la libération de tout le continent africain.
Voilà, Sire, Excellences, Mesdames, Messieurs, chers compatriotes, mes frères de race, mes frères de lutte, ce que j’ai voulu, vous dire au nom du gouvernement en ce jour magnifique de notre Indépendance complète et souveraine.
Notre gouvernement, fort, national, populaire, sera le salut de ce pays.
J’invite tous les citoyens congolais, hommes, femmes et enfants, de se mettre résolument au travail en vue de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique.
Hommage aux Combattants de la Liberté Nationale !
Vive l’indépendance et l’unité africaines.
Vive le Congo Indépendant et Souverain ! »
Notes