Ce lundi 18 mai, Yves Coppieters était l’invité de la matinale de La Première. Notre vénérable ministre wallon de la Santé (Wallonie) et de l’Égalité des chances (FWB) est entre autres revenu sur les droits des personnes LGBTQIA+, au lendemain de la Pride de Bruxelles. Il a rappelé quelques évidences : que les critères pour le don de sang devrait reposer sur les pratiques et non l’orientation sexuelle (on attend que son gouvernement le suive), ou encore qu’il était urgent d’interdire les mutilations sur les personnes intersexuées (une mesure présente dans l’accord de l’Arizona, mais donc on attend encore des nouvelles, qui arriveront peut-être après la destruction des mutuelles).

Le coeur de son message était cependant ailleurs  : le problème principal pour nos communautés, ce serait la violence. Et de citer quelques exemples : les guet-apens sur les applis de rencontre, ou encore les agressions physiques, soit la violence dans sa dimension la plus spectaculaire et odieuse. Le ministre semble oublier pourtant que la violence n’est pas seulement physique, mais aussi sociale et économique.

Entendons-nous : il est évident que la lutte contre les violences physiques (et psychologiques) doit être une priorité politique, comme les agressions qui ont eu lieu ce samedi après la pride de Bruxelles nous le rappelle tristement, de même que les multiples cas de violences à l’égard des LGBTQIA+ qui ont lieu toutes l’année. Cependant, la lutte contre les violences exige autre chose que des effets d’annonce : il faut des investissements à la hauteur de besoins, et dirigés en priorité vers les associations de terrain. Arroser la police de subventions ne la rendra pas LGBT+-friendly, comme en témoignait samedi l’abondance de flics plus occupés à protéger le char du MR que les LGBTQIA+ agressé·es. Du reste, la violence physique à l’égard de groupes de personnes intervient toujours dans un contexte social et politique qui lui est favorable, largement entretenu en Belgique par les membres du gouvernement fédéral, que ce soit De Wever et son livre contre le « wokisme », ou le discours laudatif de Clarinval sur le torchon Transmania.

Cet oubli est bien commode pour le ministre Coppieters, car les violences sociales et économiques ne sont pas l’apanage de quelques arriérés isolés qu’il faudrait éduquer, mais bien l’œuvre de choix politiques conscients. Lorsque le gouvernement Arizona, coalition à laquelle appartient le parti de M. Coppieters, fait passer une réforme sur le droit au chômage qui exclut des centaines de milliers de personnes, elle s’en prend en particulier aux personnes LGBTQIA+ qui dépendent plus souvent du chômage pour survivre, en raison des discriminations sur le marché du travail et de leur moindre chance de bénéficier de solidarité familiale(1)Solidarité familiale par ailleurs elle-même attaquée par la tentative de l’Arizona de durcir le statut de cohabitant. L’offensive menée contre le monde médical (à travers le flicage des médecins et des malades de longue durée ou encore les graves attaques contre les mutuelles) touchera également en particulier les personnes LGBTQIA+, en moins bonne santé que la moyenne de la population, et plus dépendantes du système de santé. Les attaques contre le monde associatif, menés en Belgique francophone par des gouvernements dont les Engagés font partie, impacteront également brutalement les personnes LGBTQIA+, qui dépendent davantage de ce secteur pour répondre à leurs besoins sociaux, culturels ou liés à la santé. Et comment ne pas parler enfin de la politique migratoire meurtrière de l’Arizona, qui impactera de manière disproportionnée les personnes migrantes queer, parfois pourtant en danger dans leur pays d’origine en raison de leur identité de genre ou de leur orientation sexuelle ? Les exemples pourraient facilement s’étirer à l’infini.

De toutes ces violences, il n’en sera pas dit un mot. Pourtant, l’ennemi numéro un des personnes LGBTQIA+ en Belgique, c’est bien l’Arizona et ses déclinaisons régionales et communautaires. Pour faire face aux gouvernements réactionnaires, il faut rompre avec les sirènes de la concertation, et préparer une riposte à la hauteur de l’attaque, en s’appuyant sur toutes les composantes du mouvement LGBTQIA+ : monde associatif, collectifs autonomes et syndicats. La motion de solidarité avec les LGBTQIA+ votée ce 19 mai par la FGTB wallonne va par exemple dans le bon sens en affirmant que « la lutte contre l’homophobie, l’interphobie et la transphobie doit être un axe d’action syndicale fondamental. » Nous avons besoin de construire des espaces de rencontre et de convergences, pour élaborer et défendre des revendications communes. Nous ne sommes pas seul·es : le mouvement LGBTQIA+ peut s’allier avec l’ensemble des luttes sociales (féminisme, antiracisme, écologie), et en premier lieu le mouvement anti-Arizona qui met des dizaines de milliers de personnes dans la rue depuis plus d’un an. Un tel travail est crucial pour tirer le frein d’urgence de la catastrophe en cours, et ce pas uniquement pendant le mois des fiertés, mais toute l’année.

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