Nous publions ci-dessous la version longue du tract (disponible en version courte au format PDF en cliquant ici) que nous distribuerons ce vendredi 25 septembre au rassemblement appelé par la CGSP ALR devant Belfius, pour dénoncer le chantage des banques sur les budgets des communes bruxelloises.
Belfius refuse de prêter de l’argent aux communes si leurs projets ne sont pas tournés vers le profit. C’est le pouvoir de tutelle dicté par le marché : structurellement sous-financées, les communes sont forcées de se tourner vers les banques pour boucler leurs budgets. Avec la privatisation de Belfius à hauteur de 20 %, ce pouvoir décisionnel confié au marché ne fera que s’amplifier, renforçant le rôle du crédit bancaire comme arme de chantage.
À Molenbeek, comme dans toutes les communes, ce mécanisme asphyxie les services publics. Belfius serre la vis et menace de rejeter les budgets de la commune. Ce diktat survient alors que la réforme du chômage du gouvernement Arizona jette massivement les chômeur·euses vers des CPAS déjà surchargés. Pour Molenbeek, le coût de cette réforme atteindra 16,3 millions d’euros entre 2027 et 2029, alors que la commune est déjà à sec et risque de voir ses prêts refusés. C’est la double peine qui plonge des milliers de travailleur.euses dans la précarité.
Ce chantage bancaire ne dédouane pas les responsabilités politiques. Face au fédéralisme néolibérale à la belge, la majorité communale PS-PTB-Molenbeek autrement n’a pas activé ses marges de manœuvre pour protéger les services publics, pourtant déjà sous l’eau. Au lieu de préserver le personnel, elle a validé le licenciement de quarante fonctionnaires (dont 20 dans un CPAS déjà en sous-effectif !)tout en finançant à hauteur d’un million d’euros dans des caméras de surveillance. Alors que nos quartiers sont laissés dans une insécurité totale, aucune mesure structurelle n’est proposée : on mise cyniquement sur le contrôle, la police et le tout-sécuritaire, criminalisant les habitant·es au lieu de s’attaquer aux causes profondes de la précarité.
Le discours populiste anti-taxe enferme la gauche dans une impasse. Plutôt que de penser une politique fiscale progressiste, qui vise par exemple les multipropriétaires à travers le précompte immobilier ou encore les hauts revenus grâce aux centimes additionnels sur l’impôt sur les personnes physique, la majorité communale accepte le carcan budgétaire néolibéral, et applique la même offensive sur les dépenses que les gouvernements de droite. Bien que réelle, la pression des banques ne peut justifier la mise en place d’une telle politique, au risque de contribuer à renforcer le fatalisme face à toute possibilité d’alternative sociale et écologique.
Bien sûr, les questions fiscales ne se régleront pas seulement à l’échelon communal, ni même régional, et il est nécessaire d’étendre la lutte à tous les échelons de pouvoir. Les communes de gauche devraient servir de base pour la lutte, mais il est illusoire de s’en tenir à un vague “appel à la résistance des communes” par en haut. Nous pensons que la tâche de toute majorité progressiste devrait être d’alimenter les luttes locales, syndicales, écologistes, féministes, antiracistes etc., et de les faire converger dans un vaste mouvement de résistance anti-néolibéral, qui serait en mesure de construire le rapport de force face à tous les gouvernements de droite.
Au fédéral, alors que l’Arizona prévoit de trouver 10 milliards dans les poches des travailleur·euses, il est également nécessaire de lutter pour une autre politique fiscale. Les déficits publics persistants et la dette publique peuvent réellement être réduits si l’on ose s’attaquer aux grandes fortunes. Selon la Banque nationale, les 10 % les plus riches détiennent 55 % du patrimoine belge et 80 % des actions en bourse, et le 1 % le plus riche possède plus de 600 milliards d’euros. Lutter contre l’accumulation capitaliste, c’est en finir avec la précarité et imposer un plan d’urgence sociale et écologique.
C’est pourquoi nous défendons la nécessité de mettre en place un impôt exceptionnel, substantiel et progressif sur le patrimoine des 10 % les plus riches pourrait et devrait rapporter en une fois un cinquième du produit intérieur brut (PIB) belge, soit environ 125 milliards d’euros. Il devient alors possible de réduire drastiquement la dette publique d’un seul coup, de diminuer les charges d’intérêt et de dégager des ressources massives pour répondre aux besoins de la société.
Tout ce qui a été gagné l’a été par la lutte. Face au chantage des banques, à l’austérité gouvernementale et aux reculs de nos droits sociaux, rejoignez-nous pour construire une alternative sociale et écologique !
Nous revendiquons :
- Un impôt exceptionnel, substantiel et progressif sur le patrimoine mobilier et immobilier des 10 % les plus riches capable de rapporter au moins 20 % du PIB
- Un système fiscal plus progressif à tous les échelons de pouvoir, garantissant l’égalité de traitement entre les revenus du travail et ceux du capital
- Une lutte rigoureuse contre la fraude et l’évasion fiscales
- Les moyens humains et juridiques nécessaires à la mise en oeuvre de ces mesures, notamment la levée totale du secret bancaire et la création d’un cadastre national des patrimoines
