Dans un nouvel avant-projet de loi, la ministre de la Justice Annelies Verlinden (CD&V) propose une extension ridicule et insuffisante du droit à l’avortement. Alors que la loi actuelle bride l’accès à seulement 12 semaines, maintient un délai de réflexion paternaliste de 6 jour et n’a toujours pas entièrement dépénalisé le droit à l’avortement, la ministre propose d’étendre le recours à l’IVG à 14 semaines, de réduire le délai de réflexion à 2 jours, et ne dit rien sur la dépénalisation complète. Avec son projet, Verlinden et le gouvernement Arizona insultent toutes les femmes, et se moquent des conclusions scientifiques et des revendications défendues de longue date par le secteur.

Une saga de longue date contre le droit à l’avortement

Aujourd’hui, la loi belge sur l’avortement est l’une des plus restrictive d’Europe, et oblige plusieurs centaines de femmes à pratiquer un avortement hors des frontières belges, le plus souvent aux Pays-Bas, où l’avortement est possible jusqu’à 22 semaines de grossesse. Une telle situation implique des coût importants (entre 1000 et 2000€) qui complique l’accès à l’avortement, voire le rend inaccessible aux plus précaires. En ce qui concerne les femmes sans papiers, les délais bureaucratiques pour obtenir l’aide médicale urgente sont telles que les 12 semaines sont régulièrement dépassées. Dans un récent sondage, Amnesty notait que “28,8% des personnes qui ont avorté l’ont fait illégalement en Belgique ou illégalement ou légalement à l’étranger”. Un chiffre glaçant. La question n’est donc pas de permettre ou non aux femmes de pratiquer l’avortement au-delà de 12 semaines. Elles le feront quoi qu’il arrive, aux Pays-Bas et/ou dans des conditions illégales qui mettent parfois leur vie en danger.

Malgré l’urgence sociale, l’Arizona fait donc du sur place. Cet avant-projet de loi particulièrement conservateur n’est pourtant pas une surprise, dans un gouvernement composé de deux partis (N-VA et CD&V) ouvertement hostiles à toute extension de l’accès à l’avortement, tandis que les autres partis de la majorité n’en font clairement pas une priorité. Par ailleurs, ce conservatisme sur le droit à l’avortement s’inscrit de manière cohérente dans le projet réactionnaire, antisocial, raciste, antiféministe et autoritaire de la majorité fédérale. 

Rappelons cependant que les renoncements sur le droit à l’avortement ne datent pas de l’Arizona, mais font suite à des années de capitulation politique. Les partis de l’opposition ont beau jeu aujourd’hui de dénoncer l’indécence de la proposition de Verlinden, qui fait fit des consensus scientifiques et des besoins des femmes, mais la coalition Vivaldi n’a pas fait autre chose en ignorant le rapport des experts publié à sa demande en mars 2023, alors qu’une majorité parlementaire claire existait pour voter l’extension de l’accès à l’avortement. Les députés qui s’insurgent aujourd’hui contre l’indécence de l’Arizona espèrent que nous aurons la mémoire courte sur les marchandages politiciens de la Vivaldi. Ce n’est pas le cas.

Seul le mouvement féministe organisé pourra obtenir victoire sur le droit à l’avortement

Ce qu’illustre le blocage persistant sur l’extension du droit à l’avortement, c’est que nous ne pouvons compter uniquement sur les députés des partis de gouvernement pour gagner. Dans les années 1970 et ’80, ce n’est pas le courage parlementaire qui a mené à la loi autorisant l’IVG, mais bien les luttes du mouvement féministe organisé. Aujourd’hui, la ministre Verlinden refuse de rencontrer la plateforme Abortion Right pour discuter de l’accès à l’IVG, de la même manière que le reste du gouvernement a enterré toute perspective de concertation sociale. Il faut prendre acte de cette situation, et renoncer à l’illusion que nous pourrions faire bouger les lignes dans les coulisses.

C’est pourquoi nous continuons d’appeler toutes les composantes du mouvement féministe (plannings familiaux, associations, syndicats, collectifs autonomes, partis de gauche) à s’emparer de la question : la lutte pour le droit à l’avortement n’est pas seulement un enjeu de santé publique mais une lutte qui concerne toutes les femmes. Concrètement, cela signifie organiser des assemblées de discussion ouvertes à toutes, initier des rassemblements et des manifestations, (re)faire de la grève féministe un moyen de construire un rapport de force contre les droites, et convaincre autour de soi pour amplifier la mobilisation

La seule manière de faire plier le gouvernement sur l’IVG, c’est en construisant le rapport de force. En 2022, un rassemblement féministe avait été organisé devant l’ambassade étatsunienne à la suite de l’abolition du droit à l’IVG aux Etats-Unis. En 2024, une coalition féministe organisait une manifestation pour défendre l’extension du droit à l’avortement et dénoncer les marchandages politiques. Ce sont des étapes importantes qu’il s’agit aujourd’hui d’amplifier, en lien avec le vaste mouvement qui s’oppose au programme de casse sociale de l’Arizona et des gouvernements fédérés.

Féministes anticapitalistes, juin 2026


Photo : pancarte lors de la manifestation pour le droit à l’avortement, le 28 septembre 2024 à Bruxelles.