Le jeudi 21 mai, des militant·es de la section de Charleroi de la Gauche anticapitaliste ont rencontré Mélanie et Nicolas, des profs de l’école Sainte-Anne à Gosselies et actif·ves au sein du mouvement Mars Attacks. Iels organisaient un micro ouvert à la Maison des 8 heures, haut-lieu du mouvement ouvrier carolorégien. Retour sur cet échange, dans une ambiance festive et combative.
Gauche anticapitaliste : Commençons par un peu de contexte. Quel public fréquente votre école ? Quels seront les impacts des mesures du décret programme si celui-ci est voté ? Pourquoi est-ce que vous vous mobilisez ?
Nicolas : On travaille dans une école technique et professionnelle à Gosselies. Ça fait déjà quelques années que cet enseignement-là bat de l’aile, devrait être revalorisé et ça n’a pas été fait. En plus, on est touché de plein fouet par d’autres mesures des gouvernements. Donc les mesures qui touchent l’enseignement, ça va signifier des pertes d’emploi chez nos collègues, ce qui n’est pas gai, on va se retrouver avec des équipes où il y a plus que des vieux profs et des profs réaffectés. Nos conditions de travail, c’est avant tout les conditions d’apprentissage des élèves et si on se bat, c’est surtout pour ça, c’est ça qui nous anime et qui fait la justesse de notre combat. On se bat pour l’avenir de la jeunesse, pour lui redonner un avenir pour que chacun·e ait la chance de pouvoir exploiter son plein potentiel, et finalement être utile à la société. Avec ces mesures, on est en train de les abandonner et d’hypothéquer notre avenir, parce que dans nos écoles, nous sommes censé·es former les citoyen·nes de demain. La société devrait faire de son mieux pour donner les meilleures conditions d’apprentissage possible aux jeunes. En tout cas, nous, les profs, c’est ce qu’on s’efforce de faire, tout au long de l’année, même quand on est en vacances. On ne rêve que d’aider les jeunes à grandir.
Mélanie : Les décrets ont un double impact sur les élèves parce qu’il y en a qui visent l’école, évidemment, et c’est d’abord contre ceux-ci qu’on se bat directement, mais il y a aussi tous les mesures qui visent toute la population, comme la limitation du chômage dans le temps etc,… Là c’est des doubles, triples, quadruples impacts vu que le gouvernement vise les plus précaires, comme nos élèves. Iels se font torpiller à différents niveaux. Et c’est comme ça qu’on se rend compte qu’iels vont pas bien. Par exemple, dans des travaux, on voit qu’iels supplient le gouvernement d’aider leur mère célibataire juste pour qu’iels puissent continuer d’avoir à bouffer.
Gauche anticapitaliste : Est-ce que vous pouvez me parler un peu de la mobilisation dans votre école ? Comment ça se passe ?
Mélanie : Dans notre école, on a trois syndicats qui sont quand même assez actifs, et donc on a toujours été relativement mobilisé·es via des arrêts de travail,… La lutte commençait un peu à s’essouffler, on désespérait un peu, mais la dynamique a repris avec l’arrivée de Mars Attacks. Le mouvement a relancé les choses en proposant des modes de lutte un peu plus “radicaux”, et qui sortaient des clous, ça nous a fait du bien.
Gauche anticapitaliste : Est-ce que le mouvement de grève actuel est bien suivi dans votre école ?
Nicolas : Effectivement, il y a un mouvement de grève. De notre côté, on a plutôt choisi d’organiser un blocage de notre école, parce que personne n’a envie de perdre sa rémunération pendant cinq jours, avec le prix du mazout, le coût de la vie,… Donc on a organisé des piquets pour bloquer l’école, en étant inventif·ves pour contourner les interdictions de tenir des piquets de grève devant les écoles. Il faut quand même dire que cette interdiction revient à supprimer le droit de grève, d’une certaine manière… Concrètement, on organise des arrêts de travail, pour libérer les collègues pour qu’iels puissent aller tenir les piquets lors de la première heure de la journée. Ensuite, en dehors de leur horaire de travail, pendant leurs heures de fourche, les profs viennent les renforcer, au lieu de profiter de leur temps libre. Toutes ces manières de faire nous permettent de maintenir un blocage. En plus de ça, on fait la grève de la prise des présences, ce qui encourage les élèves à ne pas venir. Dans certaines régions, j’ai entendu que les profs organisaient des blocages tournants entre écoles voisines, ce qui marche bien aussi. Il y a aussi des collègues qui perdaient ou cachaient leur clé. En résumé, on se débrouille comme on peut ! Aucun acte de sabotage n’est à signaler pour l’instant. Les modalités de blocage dépendent de la réalité de chacun·e. Ce qui compte, c’est de faire ça en collectif, seul·e, ça n’a pas de sens et c’est même dangereux. Il faut un mouvement massif.
Mélanie : Il faut un minimum d’appui de sa direction si on veut rendre les choses possibles, sinon c’est vraiment extrêmement compliqué. Il y a des collègues qui sont super courageux·ses et qui se mobilisent malgré la direction, mais alors là ça devient dangereux à titre personnel.
Gauche anticapitaliste : Pour terminer cet entretien, quelles sont vos perspectives de lutte ? Comment peut-on vous aider ?
Mélanie : On a vraiment besoin d’un soutien massif. On entend trop souvent que les profs ne font pas grand chose, qu’iels ont trop de vacances,… On a beau répéter que c’est faux, que la charge de travail à domicile est lourde, malgré les 20 heures en classe, rien n’y fait. On a besoin de soutien, car sans école, il n’y a pas d’avenir possible. Notre travail est de préparer la société de demain. Un enseignement défaillant finira par impacter la société dans son ensemble. Ces mesures impactent tout le monde, les enfants de chacun·e. On a besoin que la population nous rejoigne pour exiger un enseignement dans la dignité pour les profs, mais avant tout pour les élèves, et pour préparer l’avenir collectif.
Photo : atelier réparation de guitare sur les tables du café La Maison des 8 heures pour préparer le micro ouvert en solidarité avec les enseignant·es.

