Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (MR-Engagés) a annoncé en octobre 2025 mettre fin définitivement aux subventions accordées à la Médiathèque Nouvelle(1)https://www.mediatheque.be/documents/242/CP_MEDIATHEQUE_NOUVELLE_13.10.25-2-.pdf. Selon les dernières nouvelles, la date fatidique est fixée en juin 2026.
Dans le cadre de la mobilisation de la grève nationale interprofessionnelle le 26 novembre, un de nos militants a pu interviewer un travailleur de la Médiathèque Nouvelle pour recueillir son avis sur les mesures d’austérité violentes qui mettront 55 personnes au chômage tout en s’attaquant au droit à la culture de tout un chacun.
GVK : Dans quel contexte a été annoncée la fin de la Médiathèque Nouvelle ?
La Médiathèque nouvelle a été créée (en tant que Discothèque nationale de Belgique, à, l’époque) en 1956, elle allait donc fêter ses 70 ans en 2026. Nous devions conclure un nouveau contrat-programme avec la Fédération Wallonie-Bruxelles pour renouveler les subsides. Il n’y avait alors pas eu de rencontre avec le ministère depuis plusieurs années. On ne se sentait pas forcément plus en danger que ça, malgré l’ambiance austéritaire entre autre parce que les rapports de l’Inspection de la Culture nous concernant étaient positifs.
Nous avons alors été informés de la fin du subside entier le 13 octobre 2025, ce qui signifiait de fait la fin de l’association. Par conséquent, ce sont 55 personnes qui vont se retrouver sans emploi et 400.000 médias (musique, cinéma et séries, documentaires, jeux vidéos) qui risquent de se retrouver dispersés dans différentes institutions pas forcément outillées pour organiser le prêt.
C’est déjà la 3e restructuration depuis une vingtaine d’années, entre la Médiathèque, le Point Culture et la Médiathèque Nouvelle.
Il est vrai qu’il y a eu une évolution importante de la popularité du média physique. Dans les années nonante, c’était encore un objet très demandé et c’était alors l’âge d’or de la Médiathèque. Avec l’arrivée du piratage et des plateformes de streaming, on a observé une baisse tendancielle des emprunts qui s’est accompagnée d’une diminution progressive du personnel, de fermetures de lieux et le commencement du travail en association avec les bibliothèques publiques.
Dans le cadre des négociations avec la Fédération Wallonie-Bruxelles, il y avait autrefois un espace de discussion, parfois avec des visions opposées mais qui permettaient néanmoins un terrain d’entente. Aujourd’hui, on se retrouve face à un mur qui n’écoute pas ce qu’on a à dire.
Les reproches qui nous sont faits témoignent d’une absence de reconnaissance du travail conséquent qui a été réalisé pour évoluer vers nos nouvelles missions : les nombreuses collaborations avec d’autres institutions comme avec DoucheFlux, des prisons, des écoles et des bibliothèques publiques, le Mois du Doc (projections quintuplées dans les bibliothèques depuis qu’on les co-organise), etc.
Tout est ratiboisé selon des arguments qui datent d’il y a 4 ans et qui ignorent totalement notre réinvention. Ce n’est pas seulement notre travail qui est piétiné mais aussi celui des institutions avec qui nous avons mis en place des collaborations.
Il est difficile de croire (ou de se faire à l’idée) qu’il ne puisse plus y avoir aucune médiathèque en Belgique francophone quand on était autant en avance sur un pays comme la France il y a encore 20-30 ans.
Quels ont été les prétextes avancés pour mettre fin à la Médiathèque Nouvelle ?
Nous sommes tout à fait conscients qu’il s’agit de faire des économies sur le budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Néanmoins, le narratif présenté, c’est que notre institution était “redondante.” C’est bien sûr faux, tant en termes de collection que des publics desservis ou même des missions. On fait de l’éducation aux médias mais sur des sujets qui nous sont propres, notamment autour de la musique. Nous avons aussi une audience principalement adulte alors que la grosse majorité de l’éducation aux médias est à destination des écoles.
L’annonce de la fermeture a été suivie d’une forte vague de soutien, que ce soit des bibliothèques publiques et autres partenaires ou de notre public.
Quel sera le sort des collections ?
La première idée exprimée par la Ministre était de confier la collection à la Cinematek, ce qui est proprement absurde à plusieurs niveaux, entre autres le fait qu’ ils n’avaient même pas été consultés.
Les collections ne risquent pas d’être mises à la benne, elles risquent surtout d’être éparpillées dans différentes institutions. Elles ne pourront pas être aussi facilement accessibles qu’avec un système de prêt et on risque de perdre la transversalité, par exemple entre musique et cinéma.
(Mise à jour début janvier : Les collections seront finalement redistribuées entre les bibliothèques publiques et la Bibliothèque Royale de Belgique.)
Est-ce qu’un plan de licenciement est organisé pour les travailleureuses de l’institution ?
C’est un gros enjeu dans le processus de ces “négociations.” On se dirige probablement vers un licenciement collectif et malheureusement, l’ASBL n’a pas les fonds pour licencier tout le monde avec le minimum légal auquel les travailleurs et les travailleuses ont droit. Il n’y a d’ailleurs pas eu de proposition pour un processus de reconversion.
(Mise à jour début janvier : au niveau des Droits sociaux des travailleur.euses, la négociation a porté ses fruits et les membres du personnel partiront bien avec les minima légaux.)
Au-delà du contexte budgétaire, n’y a-t-il pas une volonté politique de désarmer les citoyen·nes des outils de l’éducation aux médias ? Récemment, Georges-Louis Bouchez défendait le retour du mécénat dans le monde culturel.
Difficile de dire à quel point c’est quelque chose de réfléchi.
On peut dire qu’il y a grosso modo trois approches différentes vis-à-vis de la culture. D’abord, la culture comme un objet de prestige, de distinction culturelle. Deuxièmement, la culture comme un produit de divertissement. Troisièmement, et c’est la vision que nous défendons, la culture comme un objet partagé et accessible, comme outil démocratique.
Cette troisième vision est évidemment rejetée par le MR, comme en témoignent les sorties ridicules de Bouchez sur le monde culturel. Dans les discours des Engagés, il y a une prétention à partager cette troisième vision mais entre les promesses de campagne électorale et la réalité des décisions politiques, il y a clairement un gouffre.
On voit que les deux premières visions sont de plus en plus clairement celles qui déterminent les politiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles (par exemple dans la réforme du prix des tickets d’événements culturels) alors qu’historiquement la FWB avait été un acteur important de la démocratie culturelle et des droits culturels.
Crédit photo : Médiathèque Nouvelle.
Notes
