Depuis une cinquantaine d’années, c’est sous l’impulsion du mouvement féministe que les femmes* ont conquis le droit à l’avortement dans de nombreux pays. Si ce droit a pu sembler acquis, il est aujourd’hui au cœur d’une offensive globale contre les droits reproductifs et sexuels, menée par la droite et l’extrême droite au niveau international. La Belgique n’est pas épargnée. En ce 28 septembre, journée internationale de lutte pour le droit à l’avortement, nous voudrions rappeler l’importance de ce combat et appeler l’ensemble du mouvement féministe à faire bloc pour lutter ensemble contre les droites.
La volonté de l’administration Trump de détruire pour près de 10 millions de dollars de matériel contraceptif et de médicaments entreposés en Belgique, initialement destinés aux programmes de l’aide au développement de l’USAID aujourd’hui démantelée, rappelle que les attaques menées contre les droits reproductifs constituent une offensive consciente de l’extrême droite contre les femmes* pour instaurer un monde profondément inégalitaire et patriarcal(1)https://www.facebook.com/story.php?story_fbid=1213026920866999&id=100064791066143&rdid=Qc66luNOzZvELCX8. En 2022, c’était déjà sous l’influence de Trump que la Cour suprême abolissait le droit constitutionnel à l’avortement aux Etats-Unis(2)https://www.gaucheanticapitaliste.org/rassemblement-de-lutte-et-de-solidarite-pour-le-droit-a-lavortement/.
Trump n’est pas seul : en Argentine, Milei adopte un discours ouvertement anti-féministe et définance les programmes de soutien au droit à l’avortement(3)https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-revue-de-presse-internationale/la-revue-de-presse-internationale-emission-du-vendredi-30-mai-2025-4037879, obtenu de haute lutte en 2020 par le mouvement féministe argentin. En Italie, la politique familiariste et réactionnaire de Meloni autorise la présence des anti-IVG dans les plannings familiaux(4)https://www.rtbf.be/article/en-italie-la-droite-radicale-de-giorgia-meloni-accusee-de-legitimer-les-associations-anti-ivg-11364021, et ne fait rien pour lutter contre le recours excessif à la clause de conscience par les médecins(5)https://www.courrierinternational.com/article/opinion-en-italie-le-recours-massif-a-la-clause-de-conscience-fragilise-le-droit-a-l-avortement, multipliant les obstacles pour empêcher les femmes de pouvoir avorter. Quand elle n’est pas au pouvoir, l’extrême droite pèse de tout son poids pour s’en prendre aux droits reproductifs, comme l’AfD en Allemagne(6)https://www.mediapart.fr/journal/international/090825/une-polemique-sur-l-avortement-demontre-la-puissance-de-l-extreme-droite-en-allemagne ou le PiS en Pologne qui est parvenu à faire élire un président anti-IVG(7)https://legrandcontinent.eu/fr/2025/06/01/qui-est-karol-nawrocki-historien-hooligan-et-anti-avortement-le-candidat-du-pis-a-la-presidentielle-polonaise-en-10-phrases-clefs/.
En Belgique, si le droit à l’avortement ne subit pas (encore) une telle régression, il continue d’être très restrictif. Rien n’a bougé à ce niveau depuis la dépénalisation partielle de 1990. Pourtant, un récent sondage d’Amnesty International démontre que, parmi les personnes qui ont déjà avorté une ou plusieurs fois dans leur vie, plus d’un quart (28,8%) l’ont fait de manière illégale ou ont dû le pratiquer légalement à l’étranger. Un chiffre terrifiant. Après avoir été sacrifiée par des jeux politiciens sous la Vivaldi, l’amélioration de l’accès à l’IVG est condamnée par l’Arizona, majorité composée de deux partis (CD&V et N-VA) ouvertement hostiles à l’extension de l’accès à l’avortement, une extension qui n’est par ailleurs très clairement pas une priorité pour les autres partis de la majorité(8)https://www.gaucheanticapitaliste.org/marchandage-politicien-le-droit-a-lavortement-une-nouvelle-fois-sacrifie/. Comme à travers le mouvement anti-Evras qui a incendié des écoles en 2023 avant d’entreprendre des attaques en justice, les réactionnaires de tous poils poursuivent leurs campagnes de désinformation avec des discours complotistes, transphobes et antiféministes. Ceux-ci ne peuvent être que confortés par l’Arizona qui organise un véritable backlash des droits des femmes*.
Le gouvernement fédéral représente aujourd’hui l’avant-poste de l’extrême droite et son programme réactionnaire constitue une offensive sans précédent contre toutes les personnes sexisées. Dans cette situation, maintenir l’espoir de pouvoir influer sur la politique gouvernementale par des discussions en coulisse ou une stratégie de plaidoyer est au mieux une perte de temps. Partout où le droit à disposer de son corps a été conquis, c’est grâce à l’impulsion du mouvement féministe, et c’est seulement par nos luttes qu’il pourra être conservé et élargi. Avec les Féministes anticapitalistes, nous luttons pour : Une contraception gratuite pour toustes ; Un accès 100% libre, sûr et gratuit à l’avortement jusqu’à 24 semaines de grossesse, la fin du délai de réflexion et la sortie complète de l’IVG du Code pénal ; L’investissement dans des centres pratiquant l’IVG ; Des soins de santé respectueux des multiples orientations sexuelles, identités et expressions de genre.
Nous appelons toutes les composantes du mouvement féministe (associations, syndicats, collectifs autonomes, etc.) à s’emparer de la question : la lutte pour le droit à l’avortement n’est pas seulement un enjeu de santé public mais une lutte qui concerne toutes les femmes*. Concrètement, cela signifie organiser des assemblées de discussion ouvertes à toutes, initier des rassemblements et des manifestations, (re)faire de la grève féministe un moyen de construire un rapport de force contre les droites, et convaincre autour de soi pour amplifier la mobilisation. Pour avancer sur l’avortement et tous les autres droits fondamentaux, il est crucial également que le mouvement féministe participe à la construction de la résistance pour la chute de l’Arizona. Comme nous l’écrivons dans notre lettre ouverte aux syndicalistes et aux mouvements sociaux : « Faire dérailler l’Arizona et son programme de démolition reste un objectif stratégique, car ses principaux dirigeants, De Wever et Bouchez, assument vouloir aller jusqu’au bout de leur paquet d’attaques contre la classe travailleuse dans toutes ses composantes et n’ont aucune intention d’y renoncer tant que leur coalition est debout. […] Pour cela, nous avons besoin d’un syndicalisme et d’un mouvement social combatifs, démocratiques, mais aussi porteurs d’une vision de société qui pose la question du pouvoir : une nouvelle perspective politique. En répondant à la fois à la crise écologique, à la crise sociale et à la crise de la démocratie, le mouvement syndical et les mouvements sociaux peuvent fédérer des forces immenses et changer complètement le rapport de forces.”
Au-delà du mot d’ordre abstrait, l’unité, l’indépendance et la combattivité du mouvement féministe sont aujourd’hui les conditions pour tirer le frein d’urgence contre la barbarie fasciste qui est en train de se mettre en place et dont les femmes* sont parmi les cibles privilégiées.
Féministes anticapitaliste, 28 septembre 2025
Photo : Manifestation pour le droit à l’avortement à Bruxelles, le 28 septembre 2024. Crédit : Gauche anticapitaliste / CC BY-NC-SA 4.0
Notes
