Le mouvement de lutte palestinien à Bruxelles est mené par la jeune diaspora palestinienne et leurs proches. Les luttes menées par la jeunesse, dont une grande partie est racisée, sont réprimées de manière constante par la police. Philippe Close, bourgmestre PS de la commune de Bruxelles, met les jeunes militant·es sous surveillance et mobilise un important appareil policier tous les jours, qui vient avec son lot de violences policières : intimidations, coups et blessures, arrestations.

Une répression politique ciblée

Ces derniers mois, l’appareil répressif est passé à un stade supérieur, Close s’alliant à Van Bossuyt (ministre de l’Asile et de la Migration) pour procéder purement et simplement à des kidnappings. La police a enlevé des militant·es chez elleux, dans la rue, dans le métro et même, comble de l’indignité, devant le CGRA (le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides, organe fédéral qui, d’après sa propre présentation, « offre une protection aux étrangers qui craignent des persécutions, un conflit armé ou des violences dans leur pays d’origine »), avant de les arrêter pour les enfermer en centre fermé.

Police, Office des étrangers : une même chaîne répressive 

Ne nous méprenons pas, Close est la main armée de l’Office des étrangers, enfermant des militant·es à cause de leur engagement politique. En effet, la majorité des personnes enfermées sont en procédure d’asile. Cela signifie que l’État leur doit accueil et protection ; à la place, elles sont enfermées sur la seule base de leur engagement. Les autorités utilisent les « troubles à l’ordre public », c’est-à-dire les manifestations, comme motif premier de leur enfermement. Ensuite, l’Office des étrangers applique la politique migratoire européenne raciste en voulant renvoyer les militant·es vers leurs premiers pays de transit, c’est-à-dire presque tout le temps la Grèce ou l’Italie.

On est face à un double mépris : l’Office des étrangers utilise la terreur pour priver du droit de manifestation des personnes victimes d’un génocide et pour appliquer plus rapidement sa politique migratoire toujours plus inhumaine.

Rafles, enfermement, politique migratoire raciste

Cette course à l’enfermement ne concerne pas que la diaspora palestinienne. L’État semble organiser des rafles par nationalités ; les Marocain·es, les Afghan·es et les Congolais·es ont d’ailleurs été massivement visé·es par ces rafles, la police embarquant même des personnes ayant leurs papiers par « inadvertance ». Ces techniques sont similaires à celles employées par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), la police migratoire aux États-Unis, et par nos voisins français, qui, sous la houlette de Retailleau, organisent des rafles de migrant·es dans toute la France depuis plusieurs mois.

La politique migratoire raciste de l’Union européenne a institutionnalisé la vente de morts. En effet, la politique migratoire européenne fait tout pour obliger les demandeur·euses d’asile à rester dans les pays de transit, donc nécessairement des pays ayant une frontière extérieure avec des pays hors de l’Union européenne. Ces pays n’ont ni les infrastructures ni la volonté politique de fournir un accueil digne aux demandeur·euses d’asile. Beaucoup ont déjà été condamnés pour leur traitement inhumain et dégradant.

Au lieu de permettre une répartition égale des demandeur·euses d’asile, l’Europe impose la pression aux frontières et se dédouane avec une obligation de contribution financière ridicule face aux sommes nécessaires pour mettre en place des infrastructures dignes de ce nom. Ces fonds peuvent en outre être dépensés à la guise de gouvernements capitalistes qui investissent plutôt dans des projets néolibéraux.

En parallèle, la Belgique renforce le mécanisme européen avec de nouveaux projets de loi qui traitent les demandes de personnes ayant transité par des pays de l’Union européenne comme des demandes ultérieures, c’est-à-dire que, sauf « éléments nouveaux », elles seront refusées. Ces projets marchent complètement sur le droit international en supprimant purement et simplement le droit à l’accueil pour les personnes dans cette situation.

On assiste ici à la rencontre d’un projet de répression des mouvements de lutte toujours plus grand, cristallisé par la loi Quintin, et d’une politique migratoire raciste qui ne respecte aucune de ses obligations internationales. Une politique qui s’est intensifié depuis la formation du gouvernement Arizona.

Torture, isolement, mort : la réalité des centres fermés

L’enfermement en centre fermé porte mal son nom, il s’agit ni plus ni moins de prison et l’État belge y pratique aussi régulièrement la torture comme outil de gestion des masses. En effet, plusieurs détenu·es nous ont fait état de traitements qui ne peuvent s’apparenter qu’à de la torture : coups répétés, personnes battues au point de perdre connaissance, sédations forcées, refus du droit à un·e médecin, placements en isolement, insultes et violences sexuelles. Les témoignages sont insoutenables, les conséquences sont prévisibles : le 7 octobre 2025, Mahmoud Farjallah, jeune Palestinien de 26 ans, est retrouvé sans vie dans sa cellule au 127 bis.

Son décès intervient après quatre tentatives de suicide, qui toutes ont été réprimées par un placement arbitraire en isolement et donc par une privation de soins. La détresse de Mahmoud n’a été accompagnée tout au long de son incarcération que de mépris et de violence. Sédaté de force, et ce même après une overdose, sans accès à des soins psychologiques et isolé, son décès n’est pas un drame humain comme le dit Van Bossuyt, mais la conséquence logique d’un système raciste qui déshumanise l’étranger et le tue, en toute impunité. 

Cette opacité est bien organisée : tout se passe derrière des murs et des barreaux, avec un accès limité au public, y compris aux député·e·s qui, par droit constitutionnel, doivent pouvoir entrer dans les centres sans rendez-vous et sans prévenir. Or, il s’avère que lorsque plusieurs député·e·s se sont présenté·e·s devant les portes du 127bis, iels ont dû attendre plusieurs heures. Ce qui laisse le temps de dissimuler tout ce qui ne devrait pas être vu, et qui pourrait être perçu comme illégal et déshumanisant par un·e député·e.

Un État qui bafoue les droits humains

Les kidnappings, l’enfermement et les conditions de détention violent le devoir de protection de l’État belge, qui constitue un principe fondamental du droit international humanitaire et des droits humains. Ils portent atteinte à plusieurs droits fondamentaux, notamment :

  • le droit à la vie, et donc l’obligation pour l’État de ne pas porter atteinte à la vie et de porter assistance à des personnes en danger ;
  • le droit à l’accueil prévu par la Convention de Genève ;
  • l’interdiction des traitements inhumains et dégradants et de la torture ;
  • le droit à la vie privée ;
  • le principe d’égalité, c’est-à-dire que toute personne soit traitée de manière égale par la loi ;
  • le principe de légalité, c’est-à-dire que toute action des pouvoirs publics repose sur une base légale, sans discrimination arbitraire ;
  • le droit de manifestation ;
  • le droit à l’accès aux soins et à la consultation d’un·e médecin.

Un État qui hiérarchise les vies

Si les 18 000 condamnations de l’État belge pour non-respect de décisions de justice ne nous avaient pas mis la puce à l’oreille, l’État belge a manifestement décidé que l’État de droit ne s’appliquait pas aux personnes dites étrangères. Entre les arrestations arbitraires, les traitements inhumains et dégradants, les meurtres policiers légalisés, les projets de loi liberticides, les déclarations de ministres affirmant ne plus payer les astreintes liées aux décisions migratoires, ou encore notre Premier ministre qui signe une tribune demandant à la Cour européenne des droits de l’homme de ne pas « embêter les États souverains avec les droits humains en matière de migration », le constat est clair.

L’État, dans un projet profondément raciste, hiérarchise les humains et décide de retirer le bénéfice des droits fondamentaux à une partie de sa population. Nous n’avons plus besoin de l’histoire pour comprendre les dangers de cette politique : elle tue, ici, aujourd’hui et demain, toujours plus de personnes. Pour sortir de la complicité, une seule solution : l’organisation.

Face à cette politique de répression, d’enfermement et de mort, nos revendications sont claires : 

  • Liberté de circulation pour toustes 
  • Fermeture de tous les centres fermés 
  • Régularisation de tous les sans-papiers 
  • le respect des droit et libertés fondamentales de toustes

Crédit photo : Gauche anticapitaliste / CC BY-NC-SA 4.0