La majorité communale molenbeekoise PS-PTB-Molenbeek autrement a licencié quarante travailleurs et travailleuses pour motif budgétaire. Vingt personnes vont perdre leur emploi dans l’administration communale, vingt autres dans le CPAS, pourtant déjà en sous-effectif avec deux tiers des départs à la pension qui ne sont plus remplacés depuis des années, et dans un contexte de forte pression en raison des mesures antisociales de l’Arizona. Face à ce plan d’austérité en provenance d’une majorité progressiste, le front commun syndical s’est mobilisé en organisant plusieurs rassemblements devant la maison communale et le CPAS, en solidarité avec les collègues licencié·es. Nous avons rencontré Mohamed Adllal, délégué permanent de la CSC Services publics à Molenbeek, et Yves Lodonou, permanent local CGSP-ALR, lors d’un rassemblement le 25 juin, et nous leur avons posé quelques questions.

MV : Pourquoi vous mobilisez-vous aujourd’hui ?

MA : On se mobilise car nous avons appris récemment via les autorités politiques et administratives que la situation financière de la commune était désastreuse, qu’ils n’arrivaient pas à clôturer le budget 2026. On est la seule commune aujourd’hui à Bruxelles à ne pas avoir déposé un budget en équilibre. On nous a annoncé la mauvaise nouvelle en disant qu’il y avait un trou de 4 millions, qu’ils avaient gratté les fonds de tiroir, et que malheureusement c’était le personnel qui devait en subir les frais.

YL : Nous nous mobilisons pour la deuxième fois au conseil communal, après plusieurs mobilisations au CPAS, tout simplement pour marquer notre colère et indignation face aux quarante emplois qui tombent pour avoir un budget à l’équilibre, ce qui est une demande des banques et de la région. Aujourd’hui on veut dire au conseil communal qu’en licenciant nos collègues, ils ont assassiné leur carrière administrative au niveau du service public. Quand les gens décident de travailler dans le service public, ce n’est pas pour devenir riche. Ils le font avec leur cœur pour servir leurs frères, leurs sœurs, leurs concitoyens et concitoyennes. Aujourd’hui, ces travailleurs seront dans la difficulté de retrouver un emploi. On fabrique de la pauvreté et des pauvres : ces personnes peuvent se retrouver à l’ONEM, au chômage comme travailleurs inoccupés, puis au CPAS. Pour nous, les autorités aujourd’hui créent un dumping social masqué, déguisé, édulcoré, pour avoir des travailleurs à leur merci, et donc les asservir.

MV : Quelles sont vos revendications aujourd’hui ?

MA : Ce qu’on dit, c’est que les efforts, les travailleurs les font depuis belle lurette, et il faut que ça cesse. Ça fait des années que tous les services sont sous-staffés, tant au niveau du CPAS que de l’administration communale. Il y a en plus les mesures de l’Arizona qui n’ont pas arrangé les choses. Il y a aujourd’hui 8500 suivis au niveau des CPAS. Je ne vous explique pas la situation au niveau de la propreté à Molenbeek. Il y a environ 100 000 habitants et 30 balayeurs.

YL : Nos revendications c’est le maintien des salaires, le maintien des primes de fin d’année, et l’engagement supplémentaire car nous sommes à flux tendu. Cela fait une quinzaine d’années qu’on ne remplace pas les départs à la pension, qu’on est en sous-effectif, ce qui génère des maladies et des fatigues pour les travailleurs. Nous demandons donc 1/ qu’on augmente l’effectif, 2/ qu’on augmente le bien être avec un management moins agressif, plus humain, à l’écoute des travailleurs afin qu’ils puissent être dans des bonnes conditions pour répondre aux besoins des citoyens et assurer un service de qualité.

MV : Que répondez-vous à la majorité communale quand elle affirme qu’il n’y a pas d’argent, qu’elle aurait voulu faire autrement mais qu’elle n’avait pas le choix ?

MA : Pour nous, organisations syndicales, les efforts ont été fait depuis bien longtemps, et ce sont toujours les mêmes qui en font les frais. Aujourd’hui ce sont 40 travailleurs et travailleuses qui vont perdre leur emploi. Pour certains d’entre eux ils sont infra-qualifiés, donc ils vont avoir du mal à retrouver un emploi car ils sont éloignés du marché de l’emploi. C’est encore pire avec les mesures Arizona. Ces personnes bénéficieront peut-être des allocations de chômages, mais risquent d’ici deux ans d’ouvrir un dossier au CPAS.

YL : Nous disons qu’il y a de l’argent dans ce pays, à tous les niveaux. C’est un manque de volonté politique. On achète bien des F35 et des drones. Je pense aujourd’hui qu’à tout niveau de pouvoir il y a moyen de financer le service public local. Le service public local fait en plus les frais de la sixième réforme de l’Etat, qui donne une pléthore de missions aux communes, sans enveloppe budgétaire. Il faut mettre de l’argent pour organiser les services.

MV : Comment expliquez-vous qu’une majorité PS-PTB-Molenbeek autrement, plutôt progressiste, prenne de telles mesures d’austérité ?

MA : Pour nous c’est la douche froide, parce que c’est une majorité dite progressiste qui prend des décisions impopulaires envers les travailleurs et surtout les petites mains qui travaillent depuis plusieurs années pour la commune. Sur les 40 personnes licenciées, il y a des personnes à deux ans de la pension, des familles monoparentales, des personnes isolées, ou qui ont au-delà de 40 ou 50 ans.

YL : C’est ça qui a choqué plusieurs travailleurs qui pensaient qu’avec une majorité à gauche, progressiste, il y avait la sécurité, il y avait de la paix, de l’assurance. Et on se retrouve avec ces licenciements. Il faut que les partis de cette majorité fassent leur autocritique. Ceux qui licencient, en général, ce sont les partis néolibéraux, nationalistes, de droite, qui n’ont pas de considération pour les travailleurs. C’est une question qui nous interpelle en tant que syndicat de gauche. Nous avons des discussions pour comprendre comment, quand la gauche arrive au pouvoir, elle finit par tenir un discours dont la droite se sert habituellement. Quand le PTB dit que tout est la faute du MR et de sa mauvaise gestion lors des précédentes législatures, nous disons qu’il faut un audit de la commune sur les vingt dernières années. Nous allons demander cet audit pour identifier les responsabilités de tout le monde, et ensuite, dès septembre, en tant qu’organisations syndicales, nous allons demander à avoir un regard sur les recettes et les dépenses de la commune. Nous allons fonctionner comme ça se fait dans les comités d’entreprise dans le secteur privé. Nous devons en arriver là pour ne plus avoir de surprise.

MV : Quelles sont vos perspectives pour la suite ?

MA : Nous avons un plan d’actions jusque-là fin de l’année, et ensuite nous resterons mobilisés à la rentrée.

YL : En 2027, 2028 et 2029 il y a également des craintes de scénarios catastrophes. Donc nous n’allons pas nous endormir : nous sommes vent debout, sur le pied de guerre, pour éviter d’autres licenciements.

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Photo : rassemblement du 25 juin devant la maison communale. Crédit : Gauche anticapitaliste / CC BY-NC-SA 4.0