L’horreur et le silence

Il aura donc fallu attendre 2 ans et demi pour que nous ayons connaissance de ces faits. Le 23 février 2018, Jozef Chovanec était arrêté à l’aéroport de Charleroi puis violenté dans sa cellule pendant que les policiers riaient et dansaient(1)Lire : https://www.7sur7.be/belgique/il-meurt-apres-une-arrestation-musclee-a-l-aeroport-de-charleroi-les-policiers-se-moquaient-de-mon-mari-alors-qu-il-etait-en-train-de-mourir~a7ba72f7/?fbclid=IwAR0yTx4wx9-S3OOVOWVgwf-QaT6fCOARCGx41PQ4r2X3iryaRp-5BwE-I1U. Nous avons tou.te.s été horrifié.e.s par ces images et par le salut nazi d’une policière. Jozef est mort plus tard à l’hôpital.

Si nous avons maintenant connaissance de ces faits, c’est uniquement parce que la famille de la victime les a rendus public via la presse. Depuis 2 ans et demi, aucune sanction n’a été prononcée à l’égard des policier.e.s, aucune arrestation et aucun procès.

Pour une « bagarre » à Blankenberge(2)Lire : Bagarre de Blankenberge : libération sous conditions d’un suspect, un autre reste en détention c’était des condamnations unanimes du gouvernement, des arrestations et personnes emprisonnées, des mesures liberticides, … Pour l’homicide de Jozef Chovanec : Le silence !

Ils savaient et ils n’ont rien dit

Nous en sommes maintenant certain.e.s : le cabinet de Jan Jambon (alors ministre fédéral de l’intérieur) avait été informé des faits en 2018(3)Lire : Affaire Chovanec : Jan Jambon informé dès mars 2018, il sera entendu à la Chambre. C’est d’ailleurs l’ambassadeur slovaque qui l’a informé directement (4)Lire : Affaire Chovanec : l’ambassadeur slovaque a eu un contact avec Jambon.

Il n’aura pas fallu attendre longtemps après la parution dans les médias pour que le numéro 2 de la police fédérale ainsi que le patron de la police aéronautique démissionnent. Que savaient-ils ? On se doute qu’au mieux des fautes ont été commises, au pire ils auraient contribué à étouffer l’affaire. Ce jeudi soir, nous apprenions que l’actuel commissaire général de la police fédérale était au courant dès 2018.

L’immunité policière organisée

Alors qu’ils avaient connaissance de ces faits au sein du gouvernement et de la police, qu’ont-ils fait ? Rien !

Nous avons désormais l’illustration de la manière dont fonctionne la police. Cette institution n’est pas là pour garantir notre sécurité. Comment pourrait-elle le faire quand nous ne savons pas ce qu’elle fait, qu’elle ne connaît rien de nos vies et qu’elle ne rend jamais de comptes à la population ?

La police est l’instrument de répression de l’État et des institutions de pouvoir. Une milice armée qui sert à légitimer les politiques mises en place par cette autorité. Le gouvernement en a donc besoin pour réprimer les mouvements sociaux, ghettoïser les personnes racisées et les milieux populaires (5)Exemple avec les mesures prises pour interdire les touristes d’un jour sur les plages ou la forte répression lors du confinement. Lire aussi : Violence et régime endocolonial, avoir le monopole légal de la violence afin de faire taire toute contestation, garantir l’exploitation capitaliste comme si c’était l’ordre naturel des choses (on se souvient tou.te.s d’avoir vu la police tenter d’intimider ou d’empêcher un piquet de grève) afin de garantir les profits des possédants, maintenir les oppression patriarcales et LGBT-phobes(6)On se rappelle qu’il y a quelques jours, 3 jeunes femmes ont été arrêtées et violentées alors qu’elles se plaignaient d’une agression machiste : Saint-Gilles : les trois jeunes femmes portent plainte auprès du Comité P

C’est donc pour cette raison que les institutions et les différents niveaux de pouvoir ferment les yeux sur les violences et les homicides. Sans sa police, le gouvernement n’est rien. Engels(7)https://fr.wikipedia.org/wiki/Friedrich_Engels le résumait très bien en définissant l’État comme “une bande d’hommes armés”. Le gouvernement a donc besoin de sa milice et afin qu’elle lui soit fidèle, il ferme les yeux sur ces abus.

Cette immunité est organisée par la police elle même (arrestations de journalistes, suppressions des vidéos/photos des téléphones, intimidations, lois volontairement floues permettant l’arrestation de n’importe qui sans raison particulière, faux témoignages …),par la justice (lenteur des procédures visant la police, suppressions ou omissions de preuves, rapports de médecins faux ou incomplets(8)““La langue rend la communication difficile. Mais le patient est calme en ce moment”, a écrit le médecin dans son rapport. “Ses pupilles sont dilatées, probablement à cause de la consommation d’alcool ou de drogue”, a-t-il également noté, sans effectuer de test pour autant. Le rapport d’autopsie montrera plus tard que Jozef n’avait pas consommé d’alcool, ni de drogue” à lire ici : https://www.7sur7.be/belgique/il-meurt-apres-une-arrestation-musclee-a-l-aeroport-de-charleroi-les-policiers-se-moquaient-de-mon-mari-alors-qu-il-etait-en-train-de-mourir~a7ba72f7/?fbclid=IwAR0yTx4wx9-S3OOVOWVgwf-QaT6fCOARCGx41PQ4r2X3iryaRp-5BwE-I1U., peines très clémentes lorsqu’il y en a, …) et par le gouvernement qui ferme les yeux et monopolise l’attention médiatique et politique pour une bagarre à la plage ou quelques magasins de luxes vandalisés après une manifestation Black Lives Matter.

Ce n’est pas un problèmes d’individu.e.s comme la presse et le gouvernement Wilmès tentent de nous faire croire. Il s’agit d’un problème politique et les agitations de De Crem et Geens (après que la presse ait fait les gros titres) ne doivent pas nous enfumer. Leurs partis et tous les autres du gouvernement en affaire courantes étaient dans la majorité gouvernementale depuis 2014 avec la N-VA.

Nous avons été horrifé.e.s par ce salut nazi mais l’hypocrisie d’un gouvernement qui s’offusque alors qu’il a nommé ministre de l’intérieur un homme qui avait déclaré “comprendre les gens qui ont collaboré avec les allemands”(9)Lire : Jan Jambon (N-VA): « Les gens qui ont collaboré avec les Allemands avaient leur raison » et secrétaire d’Etat à l’asile et la migration un autre qui entretient de bonnes relations avec un ancien nazi(10)Lire : Theo Francken fête un ancien collaborateur, appel à la démission nous fait, bien sûr, douter de sa sincérité.

La riposte par la lutte

Il ne suffit plus de petites actions médiatiques ou de manifestations sans lendemain pour combattre ce système puissant. Il est pour l’instant impossible de savoir si ces abus ou homicides sont en augmentation mais les informations sur ces sujets sont de plus en plus nombreuses.

Face à la répression, à la violence, aux homicides de la police notre force est celle de l’organisation. Il est temps de construire un réel mouvement de lutte contre la toute-puissance policière et son immunité.

Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre que “la justice fasse son travail” car elle n’est pas du côté des victimes de la brutalité policière. Dans l’affaire Mawda, c’est bien les nombreuses indignations, les actions dans la rue, le comité de soutien à la famille qui ont poussé à ce que la justice inculpe le policier qui a tiré. Aux Etats-Unis, ce sont toutes les mobilisations, émeutes, manifestations internationales de solidarité qui ont permis de mettre la pression sur la justice afin de requalifier les poursuites envers les policiers d’homicide volontaire (alors qu’au départ, la justice parlait d’homicide involontaire). 

Prenons en exemple : Nous appelons les organisations des droits humains, les organisations militantes, anticapitalistes, antiracistes, féministes, LGBTQIA+, écologistes … à construire ensemble le combat, nos revendications et nos alternatives.

Nous exigeons

  • Le désarmement de la police dans la perspective de son abolition future !
  • Une commission indépendante de contrôle démocratique et citoyen de la police : c’est à la population que la police doit rendre des comptes, pas au pouvoir en place !
  • Le maintien du droit de filmer l’action policière dans tous les cas : empêcher de filmer et de diffuser des images de violences policières, c’est livrer les victimes à encore plus d’arbitraire.
  • La suppression des SAC (Sanctions Administratives Communales) qui dépouillent le plus souvent les jeunes, les personnes racisées et les personnes vivant dans les milieux populaires.
  • La fin de l’impunité policière et la gratuité totale de la justice pour tou.te.s.

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Notes   [ + ]