C’est ce vendredi 21 septembre qu’était prononcé le verdict de l’appel du policier poursuivi pour avoir violenté le jeune Moad à Molenbeek. La cour a décidé de l’acquitter et a annulé la peine de 3 mois de prison avec sursis qui avait été prononcée à son encontre.

Rappel des faits

C’est en 2013 que le jeune Moad, 14 ans est interpellé par la police. Que lui reproche la police ? Rien ! Il s’agissait d’un contrôle de police dans le cadre de l’opération “Overlast”. Alors qu’une autre personne se faisait interpeller, Moad s’est enfui en courant. Selon Moad et sa famille, il courait pour aller chercher son sac de sport chez lui. Les policiere.s l’ont rattrapé, interpellé et – selon leur version – “plaqué contre le mur d’une maison et menotté”. Pourtant Moad s’est retrouvé avec plusieurs blessures au visage. Un médecin avait constaté une trace de chaussure à l’arrière de sa tête.

Plainte a été déposée par sa famille et c’est seulement en 2016 qu’eu lieu le procès qui condamna un seul policier mais acquitta les 4 autres. Le policier décida de faire appel et a finalement été acquitté hier (plus de 5 ans après les faits et suite à une procédure longue et épuisante pour Moad et sa famille). Pire ! Tous les frais de l’action publique et d’appel sont à leur charge. Les juges se sont justifié en affirmant que les familles “sont à l’origine des poursuites, déclarées en leur totalité, non établies” et que “les circonstances […] permettent de douter très sérieusement de leurs explications”(1)rtbf.be/info/regions/bruxelles/detail_bruxelles-le-policier-accuse-d-avoir-tabasse-un-molenbeekois-de-14-ans-acquitte?id=10025254.

Des questions sans réponse

Il est très inquiétant d’observer la manière dont la justice a suivi cette affaire :

  1. En 2016, lors du procès des 5 policier.e.s, nous avions cru assister au procès de Moad. Plutôt que de se concentrer sur l’affaire nous avions eu l’impression que Moad était accusé d’avoir commis un crime. Il a été questionné par le juge comme si c’était lui l’accusé. Le ton était impoli et méprisant. Il y a eu qu’une seule question sur les violences policières dont Moad était victime. Le juge a surtout mis en avant les mauvais résultats scolaires de Moad en 2013, ses fréquentations … Il a même estimé qu’une photo Facebook avec des amis (dont certains étaient connus de la police, d’autres pas) avec un chien n’était pas « appropriée ». À chaque réponse timide de Moad, il avait face à lui le juge et le Procureur du Roi qui le regardaient avec un sourire méprisant.
  2. Comment expliquer le désintérêt du juge pour les traces de coups et de chaussure constatées par un médecin sur le corps de Moad ?
  3. Lors de son interpellation, Moad a été emmené au commissariat. Sur les images de vidéosurveillance du commissariat il manque 12 minutes. Que s’est-il passé pendant ces longues minutes ? La police ne l’explique pas et la justice estime qu’il n’y a rien de curieux !
  4. La police et la justice ont conclu que Moad prenait la fuite avant son interpellation. Que fuyait-il ? Pourquoi ? Qu’avait-il à se reprocher ? Personne n’est capable de le dire : Moad n’a jamais eu de soucis avec la justice et n’avait aucune raison de fuir (si ce n’est la peur de violences policières).
  5. Quel aurait été l’intérêt de cette famille discrète à se lancer dans une procédure judiciaire aussi longue et épuisante ? Aucun et il est important de préciser que depuis 5 ans, Moad et sa famille subissent un harcèlement policier.

Toutes ces questions prouvent que cette affaire n’a été qu’une mascarade visant à blanchir la police. La justice a laissé traîner les choses et a tout fait pour affaiblir la mobilisation en soutien à Moad et sa famille. Depuis le début, lors de chaque rendez-vous au palais de justice, un rassemblement de soutien était organisé. Cela n’a pas empêché la justice de repousser les dates de procès à plusieurs reprises pour tenter de casser la mobilisation. Cette mobilisation avait permis de faire condamner 1 policier sur 5 mais petit à petit, seul.e.s les militant.e.s les plus acharné.e.s sont resté.e.s et le mouvement et la médiatisation se sont affaiblis jusqu’à ce que le dernier policier soit acquitté.

Impunité policière : pas un cas isolé !

Tout ceci fait partie d’un contexte d’impunité policière quasi généralisée où, sous prétexte d’une sécurité nécessaire, tout est permis pour réprimer, faire du chiffre en arrêtant arbitrairement (surtout les personnes racisées) et faire taire toute contestation sociale.

Lundi 17 septembre, ce que les médias ont appelé “un policier agressé au couteau” est à nuancer. Que s’est-il passé ? Pendant que la police était envoyée rafler des personnes migrantes au Parc Maximilien et aux alentours, un homme sans-abri qui dormait dans la rue a été réveillé violemment par la police. Alors qu’il était en plein sommeil, il lui a été ordonné de quitter les lieux – Pour aller où ? S’il dort là, c’est bien qu’il n’a nulle part où aller ! – et le carton sur lequel il dormait a été confisqué. C’est bien une forme d’agression qu’il a subi et sa réaction était une réaction de défense même si ce n’est pas une raison pour sortir un couteau. C’est ensuite que les policiers ont cru bon de tirer 3 coups de feu alors qu’une vidéo filmée par un riverain montre qu’il y avait au moins 9 policier.e.s(2)Voir ici : bx1.be/bruxelles-ville/lhomme-a-attaque-policier-couteau-mandat-darret-nouvelle-video-montre-linterpellation. Une seule personne armée d’un couteau est parfaitement maîtrisable par 9 autres. Pourquoi la police a-t-elle donc tiré ?

En mai c’était la petite Mawda qui mourrait sous les coups de feu de la police. Le policier se justifie en disant qu’il ne savait pas qu’une petite fille était dans la camionnette qu’il poursuivait. Il va plus loin en affirmant qu’il visait les pneus de la camionnette. Admettons ! Tirer sur les pneus d’une camionnette roulant à vive allure ne mettrait pas en danger la vie du conducteur ? Pourquoi la police n’a pas simplement abandonné la poursuite pour éviter de mettre une ou plusieurs vies en danger ? L’explication se trouve dans la réaction de plusieurs ministres. Directement, Theo Francken et Jan Jambon ont mis la responsabilité de la mort de Mawda sur ses propres parents ! Iels seraient coupables d’avoir fui l’horreur en tentant de trouver un avenir meilleur pour leurs deux enfants. La justice, elle, s’est concentrée sur le conducteur de la camionnette plutôt que sur le tireur (assassin ?).

Toujours en mai c’était une forte répression sur les militant.e.s qui s’opposaient à la venue d’un parti d’extrême droite (N-VA) à la Pride. J’ai moi même subi deux arrestations, de la violence, de l’antisémitisme et de la grossophobie(3)Voir ici : gaucheanticapitaliste.org/n-va-acharnement-policier-antisemitisme-grossophobie-bienvenue-a-la-pride. J’ai porté plainte mais lors de ma dernière audition j’ai appris qu’il se pourrait que des images de vidéosurveillance aient disparu. Est-ce une curieuse coïncidence que la même chose se soit passée avec Moad ? Je ne crois pas mais j’y reviendrai dans quelques semaines si nécessaire.

Ce matin, nous apprenions qu’un rapport de Médecin du monde démontre qu’en Belgique, une personne migrante sur 4 se dit victime de violences policières, racket, humiliation, racisme, … “Au bout du compte, si vous prenez les 600 à 700 migrants qui tournent autour du parc Maximilien, ça fait plus de 100 cas de violences policières. Ça veut dire que c’est un phénomène significatif”, relève Pierre Verbeiren, le directeur de Médecins du Monde(4)Voir ici : rtbf.be/info/belgique/detail_un-migrant-sur-quatre-victime-de-violences-policieres-en-belgique-selon-medecins-du-monde?id=10025405.

Résister et lutter

Face à ces abus de pouvoirs et cette violence policière seule la mobilisation de toutes nos forces payera. Il est plus que nécessaire de dénoncer chaque abus, chaque violence et chaque acte de racisme de la police.

Il est vrai que les plaintes au comité P n’aboutissent généralement pas mais la baisse de confiance en ce comité ne doit pas nous décourager. Beaucoup de victimes ne portent plus plainte mais c’est une erreur. La police et le gouvernement se servent des chiffres en baisse pour nous dire que ça va mieux alors qu’il n’en est rien. Si les chiffres des plaintes représentaient la réalité des violences policières nous aurions un moyen de pression et de mobilisation supplémentaire.

Lors d’une plainte, il est toujours difficile de prouver les propos de la/du plaignant.e. Il est donc toujours important d’avoir un maximum de témoignages et de filmer. Nous avons le droit de filmer et photographier la police(5)https://www.obspol.be/docs/flyers/Filmer_la_police_V2.pdf, même si iels essayent souvent de nous en empêcher ou nous intimider(6)voir un exemple ici : https://www.facebook.com/Axoul/videos/10160560204445486.

Ensuite, et c’est le plus important, il faut se mobiliser en nombre à chaque fois que la police abuse de son pouvoir. Seule notre détermination à faire cesser ces violences payera. La sécurité c’est l’affaire de tou.te.s et non celle d’un petit groupe armé soutenu par un gouvernement qui ne nous représente pas.

Il ne tient qu’à nous de lutter pour un réel contrôle démocratique et citoyen de la police !

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