Ce samedi 19 mai la Gauche anticapitaliste et les Jeunes anticapitalistes ont participé à la Pride organisée à Bruxelles. Nous avions décidé de défiler dans un bloc combatif composé de l’association Genres Pluriels, la Rainbow House, un groupe de personnes refugié.e.s LGBTQI+, la campagne Rosa … Nous avons défilé en début de cortège accompagnés par des slogans et des pancartes. Notre bloc s’est fait bien entendre et nous avons également diffusé un tract.

Première arrestation

Une fois le parcours fini, certain.e.s sont parti.e.s, d’autres sont resté.e.s pour discuter un peu. Je faisais partie de celleux qui sont resté.e.s. Pendant notre discussion nous avons appris que le cortège de la N-VA allait passer devant nous. Nous avions avec nous une pancarte contre la présence de la N-VA lors de la Pride. Je me suis donc placé devant le cortège de la N-VA avec cette pancarte. Mes camarades se sont mis sur le côté pour huer le cortège. Je criais “assassins” (en référence à la petite Mawda, jeune kurde de deux ans tuée par une balle de la police, une politique assumée par Jan Jambon) face au cortège en tenant ma pancarte en l’air pour qu’on la voit bien.

Directement, un steward de la Pride est venu me repousser violemment. Quelques secondes plus tard c’est un autre steward qui l’a rejoint (probablement de la N-VA), puis deux policiers qui m’ont embarqué. Ils m’ont pris par le cou, j’ai senti un étranglement et je suis tombé par terre. J’ai été immobilisé au sol par la police pendant quelques secondes. Ils m’ont ensuite relevé mais avaient la volonté de me faire mal aux mains. J’ai donc hurlé de douleur et suis retombé par terre pour que cela cesse. Les deux policiers m’ont ensuite embarqué dans leur camionnette. Une dizaine de personnes se sont rassemblées autour de la camionnette pour réclamer ma libération. Il aura fallu 30 minutes pour que la police accepte de me relâcher (grâce au soutien des camarades présent.e.s), je suis donc sorti de la camionnette libre.

Quatre personnes arrêtées

Directement après ma libération, nous apprenions que 4 personnes qui défilaient dans le cortège VNR ont été arrêtées parce qu’elles protestaient contre la présence de la N-VA également. Un rassemblement était organisé devant le commissariat de “l’amigo” (tout près de la Grand-Place). Nous étions une cinquantaine à crier “Libérez nos camarades !” ou “Police partout ! Justice nulle part !” Le dispositif policier devant le commissariat grandissait (avec des policier.e.s lourdement armé.e.s) et nous avions le sentiment de nous faire encercler. Malgré cela, notre détermination à faire libérer nos camarades restait la même.

Deuxième arrestation, violence, grossophobie et antisémitisme

Entre chaque slogan, nous prenions le temps de discuter en groupe, de faire connaissance, d’échanger nos expériences, de discuter politique mais nous restions mobilisé.e.s devant le commissariat. Vers 18h30, j’étais en train de discuter avec un groupe de 3 personnes calmement, le commissariat dans mon dos.

C’est peu après ce moment là que j’ai senti une force immense m’attraper par derrière. À peine j’ai eu le temps de comprendre ce qu’il se passait (j’ai crié “Qu’est ce qu’il se passe ?” paniqué) que je me retrouvais à l’intérieur du commissariat, dans le couloir, sur le sol. Je venais donc de me faire arrêter sans aucune sommation.

Les nombreu.x.ses policiers autour de moi me hurlaient dessus, d’autres faisaient pression sur différentes parties de mon corps et poussaient de plus en plus fort pour me faire mal. Un.e policier appuyait très fort sur mon pied droit. Ayant subi une greffe de malléole (1)Partie saillante du bas des os de la jambe, appelée communément la cheville, du pied je dois faire attention de ne pas me blesser à cet endroit sous peine de ne plus jamais pouvoir marcher. J’ai donc été obligé de supplier la police de ne pas faire pression sur cet endroit mais cela n’a pas fonctionné et iels ont continué.

Poignets

Traces rouges sur mes poignets constatés lors de ma sortie de cellule dues à des colsons trop serrés.

Pendant ce temps iels continuaient de me hurler dessus : “Laisse toi faire” pour trouver un prétexte à continuer cette violence. J’ai rapidement été colsoné (à la place d’une menotte). La police a volontairement serré les colsons autour de mes poignets pour me faire mal, j’ai entendu la satisfaction des policiers une fois que c’était très serré.

J’avais du mal à respirer dû à la panique, mon asthme (allergie au pollen) et ma position inconfortable. Iels ont ensuite arrêté de faire pression sur mon corps et m’ont laissé au sol. Je leur ai demandé de l’aide pour mieux respirer, leur ai expliqué que j’avais de l’asthme, que mon inhalateur était dans ma poche et que je souhaitais me lever pour mieux respirer. Cela m’a été refusé par les policier.e.s présent.e.s en prétextant le fait qu’iels en avaient marre de me voir en manifestation et qu’iels n’allaient pas à me rendre service maintenant. J’ai insisté et un policier m’a répondu :

“Tu as du mal à respirer ? T’as qu’a maigrir et faire du sport”

Après quelques minutes, deux policiers m’ont relevé et amené dans une pièce. Un policier s’est assis à son bureau, derrière son ordinateur, j’étais assis en face de lui et l’autre était assis à son bureau qui était dans mon dos. Le premier policier m’a demandé mon nom, ma date de naissance, mon adresse, … J’ai demandé une nouvelle fois pour qu’on me retire les colsons afin que je puisse prendre mon inhalateur pour l’asthme, cela m’a été refusé. Je répondais aux questions du policier jusqu’au moment où son collègue derrière moi me demande :

“T’es juif ?”

Je lui demande :

“Pourquoi cette question ?”

Il me répond :

“Bah vu ton nom, Farkas !”

Moi :

“Mon nom n’a rien de juif, c’est un nom typiquement hongrois !”

J’apprends donc que je suis fiché en tant que juif dans la police. Un fichage antisémite qui fait froid dans le dos et qui rappelle une mauvaise période de notre histoire. Quelques secondes plus tard, il revient à la charge :

“Je vois que ton père est israélien.”

Je lui répond qu’il n’est pas israélien mais belge. Il est né en Roumanie et a fui avec toute sa famille la dictature de Ceaușescu pour aller en Israël mais n’a plus la nationalité israélienne.

J’ai une nouvelle fois insisté pour avoir les mains libres et prendre mon médicament pour l’asthme, nouveau refus ! Ils m’ont emmené dans une autre pièce avec d’autres policie.r.e.s qui ont fouillé toutes mes affaires dans mon sac, m’ont enlevé les colsons et m’ont enfin permis d’utiliser mon inhalateur.

J’ai pu entendre les policier.e.s annoncer qu’iels allaient libérer les 4 personnes arrêtées précédemment car il y a beaucoup de monde qui les soutenaient devant le commissariat (preuve que la mobilisation et la pression collective fonctionnent). Dans le commissariat, tou.te.s les policier.e.s que je croisais me connaissaient (je n’avais pourtant aucun souvenir de les avoir vu), j’ai eu droit à des réflexions et insultes sur mon engagement et iels m’ont bien fait comprendre leur satisfaction de m’avoir attrapé. Certain.e.s me citaient les manifestations auxquelles j’ai participé par le passé comme pour me faire comprendre que tous mes faits et gestes étaient notés.

L’un des policiers m’a ensuite dit qu’il allait me fouiller. J’écarte donc les bras et les jambes et c’est à ce moment là qu’il m’annonce que je vais devoir me déshabiller totalement. Je lui répond que je refuse, que c’est une humiliation et que ce n’est pas la peine pour une simple arrestation administrative. Il me menace de me menotter si je ne coopère pas. Je me suis donc déshabillé (par peur que cette humiliation soit accompagnée de nouvelles violences) et le policier m’a forcé à faire une génuflexion sous prétexte de vérifier que je n’ai rien dans mon anus. J’ai pu me rhabiller juste après.

J’ai ensuite été enfermé seul dans une cellule, on m’a forcé à enlever mes chaussures, ma ceinture et mon pull à capuche (parce qu’il y a une corde dans ma capuche). J’ai donc reçu une couverture dont je doutais fortement de la propreté mais je n’avais pas le choix vu le froid de la cellule.

Pendant ce temps, dehors

Peu après la libération des 4 personnes arrêtées. La police a chargé violemment sur la foule pour dégager toutes les personnes présentes devant le commissariat. Une personne a du être emmenée aux urgences et est sortie avec une incapacité de travail de 2 jours.

J’ai été libéré vers 21h15 ! En récupérant mes affaires, j’ai remarqué que mon pull était déchiré. Je l’ai fait constater par le policier et je l’ai ajouté dans le document qu’il me demandait de signer.

Le soir même, dans la presse, l’organisation de la Pride prenait la défense de la N-VA et condamnait les personnes arrêtées sans avoir pris connaissance des faits réels. Une nouvelle preuve que la banalisation de l’extrême droite est en marche.

Pour ma part je prépare une plainte que je déposerai au Comité P(2)La police des polices.. Si vous disposez d’images, vidéos ou si vous avez été témoin.e de quoi que ce soit, merci de nous contacter rapidement par mail sur info@gaucheanticapitaliste.org !

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