C’est ce vendredi 10 avril à 21h à Anderlecht(1)Lire : Anderlecht : une enquête est en cours après le décès d’un homme lors d’une course-poursuite avec la police, que l’action policière a fait une nouvelle victime. Adil, 19 ans, était poursuivi par une voiture de police. Lui, tentait de s’échapper en scooter, eux, voulaient absolument le coincer. Alors qu’Adil tente de dépasser une camionnette, une autre voiture de police arrive en sens inverse et le percute mortellement. Sa vie s’éteint, là, sur le bitume froid d’un soir d’avril.

Que fait la police ?

À l’heure où nous écrivons ces lignes, la police n’est toujours pas capable de justifier son intervention. Pourquoi avoir absolument voulu interpeller Adil ? Était-il nécessaire de le prendre en chasse et de risquer des vies, de risquer SA vie ? Nous pouvons en douter. Il semble bien que le seul tort d’Adil ait été d’être en rue, peut-être sans raison impérieuse aux yeux de la police qui le pourchassait, mais que l’action de celle-ci ait été totalement disproportionnée. Adil fuyait et,selon toute vraisemblance, cherchait à rentrer chez lui, auprès des siens.

D’aucuns justifient déjà sa mort par le fait qu’il fuyait. La rengaine est connue : “s’il n’avait rien à se reprocher, pourquoi fuir ?”. Dans un contexte où l’acharnement policier est quotidien contre les jeunes et les personnes racisées dans les quartiers de Bruxelles et où l’impunité policière est organisée par la justice et la police elle-même (2)Lire : Qui peut encore croire que la police est là pour nous protéger ? on comprend aisément la crainte de se faire attraper par cette dernière. Notons que depuis que le gouvernement Wilmès a intensifié la répression pour les personnes qui ne respectent pas le confinement, les inégalités explosent. Une amende peut parfois représenter 20% à 40% des revenus mensuels d’une famille mono-parentale et/ou pauvre de Bruxelles(3)Lire : Qui pue le plus fort : Racisme, âgisme ou mépris de classe ?. Voilà déjà deux raisons de fuir. La peur est d’ailleurs bien confirmée par la famille qui diffuse depuis ce message “Je suis Adil. Je ne suis pas un criminel. Je suis mort parce que j’ai eu peur. Paix et justice pour Adil !”

Tu fuis, tu meurs !

De manière générale, on observe que la présomption d’une culpabilité suffit à la police pour justifier son action. Le même argument a été utilisé pour les affaires Mawda et Mehdi, et maintenant pour celle d’Adil. Rappelons qu’une fuite n’est pas un aveu de culpabilité mais simplement une tentative de se protéger d’un danger.

Admettons tout de même qu’Adil ait eu quelque chose à se reprocher : comment ces défenseurs/euses des droits et de la légalité peuvent-iels justifier sa mort par la suite ? La peine de mort est interdite en Belgique et nous nous opposons logiquement et catégoriquement à sa réintroduction. Dès lors, la fuite d’une personne ne pourrait en aucun cas fournir la légitimité à la police de prendre tous les risques, quitte à exécuter une telle peine de mort, sans procès et donc sans donner le droit à la personne de se défendre.

Des émeutes, une colère qui s’exprime

Le samedi 11 avril, dans l’après-midi, des émeutes ont éclaté à Anderlecht. Ce n’est pas notre rôle de nous exprimer sur la pertinence politique de ces actions mais nous comprenons la colère qui s’exprime.

Les émeutier.e.s étaient en majorité des jeunes qui souhaitent exprimer leur colère contre une police qui les agresse quotidiennement (même un contrôle “ciblé” en fonction de leur origine, couleur de peau, religion supposée ou non, … est une agression) et qui ne rend jamais de comptes. 45 personnes ont été arrêtées suite à ces émeutes(4)Lire : Émeute à Anderlecht suite au décès d’un jeune lors d’une course-poursuite: 45 personnes arrêtées. Le signal est clair : “La police fait ce qu’elle veut et si vous vous mettez en colère pour vous y opposer, on vous arrêtera !”

Plutôt que d’entendre cette colère et d’y donner suite, le pouvoir en place tente toujours de la décrédibiliser. Le bourgmestre d’Anderlecht a déjà déclaré “Ils sont venus pour casser”(5)Lire : https://www.lesoir.be/293982/article/2020-04-11/le-bourgmestre-danderlecht-condamne-ceux-qui-ont-attaque-les-policiers-ils-sont? en alimentant le fameux mythe du “casseur” qui ne réfléchit pas et dont le seul objectif serait de détruire, peu importe la raison. C’est là une manière de dépolitiser des modes d’expression, de criminaliser des individus et de déshumaniser une population entière. 

Alors bien sûr, on nous assure que la police est là pour notre sécurité. Mais qui contrôle la police ? Qui décide de ce qui est bon pour notre sécurité ? Qui décide de ce qui est légal ou illégal ?

Enfin, ces émeutes sont aussi l’expression plus générale de personnes  qui en ont assez d’un deux poids deux mesures permanent. En colère, comment ne pas l’être alors que ce samedi, des policiers dansaient avec des habitant.e.s de Woluwe-Saint-Lambert au mépris des règles de confinement (6)Lire : Woluwe-Saint-Lambert: une vidéo d’habitants qui dansent avec des policiers interpellent ? D’un côté, la répression la plus brutale pour les personnes racisées des quartiers populaires, de l’autre l’action de proximité bienveillante pour les habitant.e.s des beaux quartiers.

Face à cette réalité insupportable et à l’impunité policière, nous exigeons du changement. C’est à la population que la police doit rendre des comptes ! C’est à nous tou.te.s d’organiser la sécurité et le respect des règles établies collectivement et démocratiquement : la répression policière n’est pas la solution !

Un appel à l’action pour Adil

Face à l’indignation légitime contre l’action policière et pour soutenir la famille, plusieurs organisations se sont regroupées afin de lancer un appel pour une action qui commencera lundi 13 avril à 20h : 

“Ce n’est pas la première fois que des jeunes meurent dans de telles circonstances. Nous craignons que ces courses-poursuites  dangereuses augmentent considérablement dans les semaines qui viennent. Fuir un contrôle par crainte d’une amende ne devrait jamais entraîner la mort. Et si certains jeunes sont prêts à prendre ce risque mortel face à un contrôle de police, cela nous interpelle face à la peur que notre police suscite.

Nous, citoyen-nes, associations, collectifs, politiques joignons nos voix pour exprimer notre inquiétude face aux abus sécuritaires que la crise sanitaire ne justifie pas. Nous comprenons la colère des jeunes et rappelons que la famille, qui subit de nombreuses attaques racistes,  envoie un message de paix pour transformer cette colère. Nous invitons chacun-e lors des applaudissements de 20h à exprimer du soutien aux proches de ce jeune mortellement pris en chasse par la police.

Ensemble, soutenons-les, unissons nos voix et affichons  le message : Justice pour Adil !”

L’événement facebook : Justice Pour Adil

Soyons nombreu.x.ses et rappelons que le confinement ne fera pas taire nos colères face aux abus de pouvoirs et aux injustices !

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