Une mobilisation décevante

Nous étions plusieurs centaines (presque 1000), ce 28 avril 2019 pour la régularisation des personnes sans-papiers.

Cette manifestation était organisée par la Coordination des sans-papiers de Bruxelles qui souhaitait mettre la pression sur les partis, à un mois des élections, pour qu’une régularisation soit dans le prochain accord du futur gouvernement.

La manifestation n’a pas rassemblé énormément de monde. Alors que les dernières manifestations bruxelloises de soutien aux personnes sans-papiers et réfugiées rassemblaient au minimum 2 à 3 mille personnes ces derniers mois, la faible participation de dimanche dernier était interpellante.

Le comité des travailleu.r.se.s sans-papiers de la CSC et la petite délégation de la FGTB (les 2 ont toujours été très peu soutenu.e.s par leur syndicat) étaient toujours aussi présent.e.s et combati.f.ve.s. La plateforme citoyenne de soutien aux réfugié.e.s de Bruxelles n’avait pas mobilisé son réseau d’hébergeu.r.se.s et de citoyen.ne.s solidaires. Seul Alexis Deswaef (et une poignée de membres), administrateur de la Plateforme, était présent pour prendre la parole avant le départ de la manifestation. Il semble de plus en plus évident que la Plateforme ne souhaite plus s’associer aux mouvements de lutte et se contente de l’aide humanitaire d’urgence. C’est pourtant grâce aux grandes mobilisations de décembre 2017 et janvier, février 2018 que nous avions fait reculer le gouvernement sur la proposition de loi qui voulait faciliter les rafles à domicile(1)Lire notre analyse sur ce projet de loi à l’époque : www.gaucheanticapitaliste.org/rafles-domicile-ca-se-passe-ici-et-maintenant/.

La plupart des partis et organisations politiques ont également démontré leur désintérêt pour les personnes sans-papiers. Alors que nous, la Gauche anticapitaliste, avions mobilisé nationalement (mais humblement, vu que nous sommes une petite organisation) il était évident de voir que la plupart des organisations qui ont la capacité de mobiliser beaucoup de monde n’étaient présentes qu’à une poignée (sauf le PS qui n’était pas présent du tout) et de manière plutôt discrète.

Des partis qui soutiennent les sans-papiers ?

Force est de constater que l’enjeu électoral est plus fort que le programme a défendre pour des partis qui, depuis des mois, débattent avec la Coordination des sans-papiers. Alors que des promesses ont été faites par le PTB, ecolo et le PS, les actes ne suivent pas.

Dans le programme fédéral du PTB(2)https://www.ptb.be/refugies_sattaquer_aux_causes_qui_poussent_les_gens_a_fuir pour les prochaines élections, le mot “régularisation” n’apparaît nulle part et ce n’est qu’après une recherche intensive que nous trouvons enfin une seule phrase sur les centres fermés : “Nous sommes pour la fermeture des centres fermés et contre les expulsions forcées.”(3)Pour la trouver il faut cliquer sur “En savoir +” et nous trouvons cette phrase à la fin d’un long texte Le PTB ne nous explique toujours pas la différence entre une “expulsion forcée” et une “expulsion” (non forcée).
Nous trouvons également un petit paragraphe sur “Les personnes qui sont ici depuis longtemps” mais, encore une fois, iels appellent à la création d’une “commission indépendante” chargée “d’évaluer les demandes des personnes sans papiers pour obtenir un titre de séjour et de permis de travail” mais rien de concret n’est proposé. Ce sont des pistes et des bases de discussions sur ces thématiques :

  • des « attaches durables » (travail, liens sociaux, connaissance de la langue)
  • une trop longue procédure d’asile
  • une situation humanitaire personnelle grave
  • être un mineur d’âge non accompagné

Le PS(4)https://www.ps.be/#/Election/Programme, lui, parle d’une régularisation sur base de critères pas clairement définis et qui seraient à discuter plus tard. Pour ecolo(5)https://ruche.ecolo.be/ruche/public/447a11, son programme revendique une régularisation sur bases de critères concernant uniquement les personnes qui travaillent ainsi que la suppression des centres fermés.

Il est donc clair qu’aucun de ces 3 partis ne soutient les recommandations (pour ces élections car, en dehors de la période électorale, leur revendication est simplement la régularisation sans critère) de la coordination des sans-papiers(6)Lire ici :
https://sanspapiers.be/wp-content/uploads/2019/04/Elections-mai-2019-Recommandations-des-sans-papiers.pdf
qui réclament notamment l’élargissement des critères de régularisation concernant :

  1. les « victimes » de la procédure d’asile longue
  2. les personnes qui se trouvent dans l’impossibilité de retour
  3. les personnes gravement malades ou souffrant d’un handicap
  4. les attaches sociales et/ou les circonstances humanitaires
  5. le projet de contribution socio-économique en Belgique

Mais ajoutent également des revendications claires :

  • L’arrêt de la criminalisation des sans-papiers.
  • La fermeture des centres fermés.
  • L’arrêt des expulsions.
  • Le respect des droits fondamentaux, comme l’accès aux soins médicaux et à l’éducation.
  • La liberté de circulation.

Nous constatons que ces partis font le minimum pour attirer des éléct.eur.rice.s sensibles à cette thématique mais qu’iels ne sont en aucun cas le relais des mobilisations et des sans-papiers.

Reconstruire un mouvement de lutte

Pour changer les choses, il n’y a qu’une seule solution. Cela passe par le soutien à l’auto-organisation des personnes opprimé.e.s. Dans ce cas-ci, la coordination des sans-papiers est un parfait exemple. En tant qu’allié.e.s/soutiens de la lutte nous devons soutenir toutes leurs initiatives et participer à leur visibilisation.

Contrairement à d’autres villes en Wallonie et en Flandre, le soutien à la lutte des sans-papiers à Bruxelles est très divisé et peu uni. Chaque organisation/collectif préfère mettre en avant son propre programme plutôt que de soutenir celui des personnes sans-papiers. Pour nous, il est urgent de construire un réel mouvement de soutien aux personnes sans-papiers qui soit le plus large possible, ouvert à tou.te.s (associations, organisations politiques et personnes non-organisées) et qui ait pour base programmatique les revendications de la Coordination.

Après les élections de mai il nous faudra reconstruire ce mouvement et ne pas se contenter de quelques manifestations sans lien avec les précédentes tous les 3 mois. Ce mouvement devra maintenant élaborer un plan d’action sur le long terme et se faire entendre partout où cela est possible pour imposer la régularisation et faire tomber le rapport de force en faveur des personnes sans-papiers.

Manifestation pour la régularisation le 28 avril 2019

Nous étions presque 1000 aujourd'hui dans la rue, suite à l'appel de la coordination des sans-papiers pour réclamer la régularisation des sans-papiers.#NoBorder

Posted by Jeunes anticapitalistes (JAC) on Sunday, April 28, 2019
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